Dans la nuit du 2 au 3 janvier 2026, à 23 h 46 heure de Caracas, Donald Trump donne l’ordre de lancer l’opération « Absolute Resolve ». Vers deux heures du matin, les frappes commencent. Nicolás Maduro et son épouse Cilia Flores sont capturés et transférés aux États-Unis. Le 5 janvier, ils plaident non coupables devant un tribunal fédéral de Manhattan pour trafic de drogue. Le procès est fixé au 1er juin 2027. Le même 3 janvier, le Tribunal suprême vénézuélien installe Delcy Rodríguez à la présidence par intérim.
La réaction de Brasília
Luiz Inácio Lula da Silva a dénoncé une « atteinte très grave à la souveraineté du Venezuela » et un « précédent extrêmement dangereux » pour la communauté internationale. Le 4 janvier, le Brésil a signé avec l’Espagne, le Chili, la Colombie, le Mexique et l’Uruguay une déclaration exprimant une « profonde préoccupation » et un « rejet ferme » des actions militaires unilatérales. Le 5 janvier, le Conseil de sécurité de l’ONU s’est réuni à la demande du Venezuela et de la Colombie. Washington a défendu une opération de police visant un fugitif inculpé. Javier Milei, lui, a salué une « excellente nouvelle pour le monde libre ». À Paris, Emmanuel Macron s’est félicité de la fin de la « dictature de Maduro », tandis que son ministre Jean-Noël Barrot rappelait le principe du non-recours à la force.
La position brésilienne a une histoire. En mai 2023, Lula recevait Maduro à Brasília et qualifiait les accusations de violations des droits humains de « récit construit ». Après la présidentielle vénézuélienne de 2024, Brasília a réclamé les résultats détaillés, ne les a jamais obtenus, et a bloqué l’entrée du Venezuela dans les BRICS. Caracas a rappelé son ambassadeur en octobre 2024. Le Brésil s’est donc retrouvé, en janvier, à défendre la souveraineté d’un régime avec lequel il n’avait plus de relations normales.
Caracas change, la frontière reste
Depuis, Washington a rétabli ses relations diplomatiques avec Caracas le 5 mars, reconnu Delcy Rodríguez comme seule cheffe de l’État le 12 mars, rouvert son ambassade le 30 mars et les vols directs le 30 avril. Une loi d’amnistie a été adoptée le 19 février et des centaines de prisonniers politiques ont été libérés. La réforme des hydrocarbures du 29 janvier ouvre le pétrole aux compagnies privées. Pour les libéraux brésiliens, c’est la preuve que la pression fonctionne et que Brasília a misé pendant deux ans sur le mauvais cheval. Pour la diplomatie brésilienne, c’est la confirmation qu’une puissance peut renverser un gouvernement voisin sans mandat de l’ONU, et que la prochaine cible pourrait être moins lointaine.
Sur le terrain, le Brésil gère l’une des conséquences les plus concrètes de la crise vénézuélienne. L’opération Acolhida, lancée par l’armée en février 2018 à Roraima, a relogé dans d’autres États 128 241 Vénézuéliens entre avril 2018 et février 2024, selon le programme dit d’intériorisation. Le pays comptait près de 550 000 réfugiés et migrants vénézuéliens en 2024, pour un budget annuel de 300 millions de reais. Plus de 7,9 millions de Vénézuéliens ont quitté leur pays, selon le Haut-Commissariat aux réfugiés. Un retour massif dépendra de la reprise économique à Caracas et de la tenue d’élections, que ni Washington ni Brasília n’ont encore obtenues. À Pacaraima, la question reste ouverte.