3 novembre 2026

France

Vallourec : 100 postes menacés à Aulnoye-Aymeries, le Brésil au coeur du groupe

Le fabricant de tubes sans soudure a présenté lundi aux représentants du personnel un plan de sauvegarde de l'emploi sur son site du Nord. Le groupe, redressé et redevenu bénéficiaire, concentre désormais sa production industrielle au Brésil.

Photo : Pixabay / Tama66

Lundi 2 novembre, la direction de Vallourec a annoncé aux représentants du personnel l’ouverture d’un plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) sur son site d’Aulnoye-Aymeries, dans le Nord. Une centaine de postes sont visés, selon les informations d’ICI Nord (ex-France Bleu). Les mesures d’accompagnement n’ont pas encore été détaillées. Le site, berceau historique du groupe avec Montbard en Côte-d’Or, avait déjà perdu une centaine d’emplois lors du plan de 2022, qui y avait regroupé la recherche et développement.

Un groupe redressé qui continue de tailler

Le paradoxe est là. Vallourec va bien. Au deuxième trimestre 2026, le fabricant de tubes sans soudure pour l’énergie a dégagé un chiffre d’affaires de 886 millions de dollars et un résultat brut d’exploitation de 190 millions, soit une marge de 21,4 %. Le résultat net atteint 45 millions de dollars. La trésorerie nette s’élève à 183 millions de dollars au 30 juin, son plus haut niveau depuis 2009, pour une liquidité totale de 2 milliards. Le groupe a versé un dividende exceptionnel de 2,05 euros par action en août et confirme un retour d’environ 650 millions d’euros aux actionnaires en 2026, dont 110 millions de rachats d’actions. Le PDG Philippe Guillemot salue « la solidité et la résilience de son modèle économique ».

Ce redressement a été obtenu au prix d’une restructuration brutale. Après avoir frôlé la faillite, Vallourec a fermé ses usines allemandes, supprimé environ 3 000 emplois et arrêté la fabrication européenne de tubes sans soudure. Le plan de 2022 avait coûté 250 postes dans le Nord, dont la tuberie de Saint-Saulve. ArcelorMittal est devenu actionnaire de référence en août 2024, avec 27,5 % du capital pour 955 millions d’euros. Le groupe emploie aujourd’hui près de 13 000 personnes dans une vingtaine de pays. Aulnoye-Aymeries devait devenir le centre mondial de pilotage de la R&D et développer la fabrication additive. Philippe Guillemot avait posé deux conditions à la pérennité du site : trouver des débouchés hors hydrocarbures et réussir l’impression 3D d’acier.

Le Brésil, usine du groupe

Depuis la fermeture des sites allemands, la grande majorité des produits destinés à l’industrie sont fabriqués et vendus au Brésil, où Vallourec exploite aussi une mine de fer et des forêts dans le Minas Gerais. Ce segment Mine et Forêts a vendu 1,2 million de tonnes de minerai au deuxième trimestre, en recul de 24 %, pour un chiffre d’affaires de 92 millions de dollars. Son résultat a souffert de l’appréciation du real. En septembre 2025, le groupe a signé avec Petrobras un accord de long terme pouvant atteindre 1 milliard de dollars pour la fourniture de tubes et de connexions aux puits offshore brésiliens de 2026 à 2029, avec des services d’ingénierie et de gestion des stocks. Philippe Guillemot y voyait « une preuve de plus du redressement » du groupe. L’Amérique du Nord reste le premier marché des tubes, avec 384 millions de dollars de ventes au deuxième trimestre.

Ce que cela change pour les Brésiliens de France

Vallourec illustre une réalité industrielle franco-brésilienne : ce que la France ferme, le Brésil le produit. Les usines de Barreiro, à Belo Horizonte, et de Jeceaba, dans le Minas Gerais, sont aujourd’hui le poumon industriel d’un groupe coté à Paris. Pour les ingénieurs et techniciens brésiliens, Vallourec reste l’un des rares groupes où une carrière peut se construire entre Belo Horizonte et le Nord de la France. Pour les salariés d’Aulnoye-Aymeries, la question est plus douloureuse : un groupe qui distribue 650 millions d’euros à ses actionnaires peut-il justifier un nouveau plan social ? La réponse de la direction est attendue dans les prochaines semaines, avec le détail du PSE et les résultats du troisième trimestre.