3 novembre 2026

France

Immobilier : les taux filent vers 4 % et le logement neuf s’enfonce dans la crise

Les réservations de logements neufs ont chuté de 23,6 % au deuxième trimestre, à 19 356 unités, un plus bas historique selon les promoteurs. Les notaires jugent qu'un passage des taux de crédit au-dessus de 4 % serait « particulièrement préoccupant ».

Photo : Pixabay / dimitrisvetsikas1969

19 356 logements. C’est le nombre de réservations enregistrées par les promoteurs entre avril et juin 2026, selon l’observatoire de la Fédération des promoteurs immobiliers (FPI) publié le 9 septembre. Le recul atteint 23,6 % sur un an. Au même trimestre de 2021, il s’en vendait 42 310. Les ventes en bloc aux bailleurs sociaux s’effondrent de 40,8 %. « Nous n’avons jamais été à un niveau aussi faible », a reconnu Didier Bellier-Ganière, directeur général de la FPI. Son président Pascal Boulanger a résumé sur BFMTV : « Je pensais que nous avions touché le fond, et bien non, toujours pas ! »

Le crédit se referme

La remontée des taux explique une grande partie du blocage. La Banque centrale européenne a relevé son taux de dépôt à 2,50 % le 10 septembre, deuxième hausse de l’année face à une inflation de la zone euro à 2,9 %. Le rendement de l’OAT française à dix ans dépasse 4 % depuis la fin juillet et a frôlé 5 % fin octobre. Les barèmes bancaires suivent : au 3 novembre, le courtier Empruntis relève 3,05 % sur 15 ans, 3,20 % sur 20 ans et 3,55 % sur 25 ans, hors assurance. Certaines offres destinées aux ménages modestes atteignent déjà 4,20 %. Les courtiers anticipent 3,70 % à 4 % d’ici la fin de l’année. Dans leur dernière note de conjoncture, les Notaires de France estiment qu’un franchissement des 4 % serait « particulièrement préoccupant » pour le pouvoir d’achat immobilier et pour la mobilité des propriétaires qui ont emprunté entre 2019 et 2021 à des taux très bas.

Concrètement, pour une mensualité de 1 000 euros, la capacité d’emprunt passe de 172 400 à 167 900 euros si le taux monte à 3,80 %. Le dispositif fiscal Jeanbrun, censé relancer l’investissement locatif, ne génère que 150 à 200 réservations par mois, moins de 5 % de l’objectif de 4 000. Le ministre du Logement Vincent Jeanbrun a lui-même admis qu’il n’était pas assez calibré. Les autorisations de construire reculent de 9,5 % par rapport à la moyenne des cinq dernières années, à 370 673 logements sur douze mois.

Vers une baisse des prix en 2027

Dans l’ancien, les prix ont reculé de 1 % au deuxième trimestre et de 0,8 % sur un an, selon les notaires et l’Insee. Les maisons perdent 1,3 %, les appartements 0,1 %. Le volume de transactions progresse encore, mais de moins en moins vite, vers environ 920 000 ventes sur l’année. Six notaires sur dix anticipent de nouvelles baisses. La FPI évoque un possible « choc d’offre » en 2027. Zahir Keenoo, PDG de Foncia ADB, décrit sur franceinfo « la pire crise depuis plus d’un demi-siècle » et note une hausse des annulations de compromis.

Le marché locatif est l’autre victime. L’offre de logements à louer baisse de 7 % chez Foncia, qui a reçu 225 000 dossiers de candidats depuis janvier. À Paris, environ 70 logements sont disponibles à la location, à peine une centaine à Lyon. Ce blocage est le résultat d’années d’encadrement des loyers, de fiscalité pesante sur les bailleurs et de normes empilées sur la construction.

Ce que cela change pour les Brésiliens de France

Pour un Brésilien qui envisage d’acheter, l’équation est inversée par rapport au Brésil, où la Selic est à 13,75 %. Un taux à 4 % en France reste historiquement bas, mais la fenêtre se referme et les banques durcissent leurs critères, ce qui pénalise les CDD et les indépendants. Pour les locataires, la pénurie à Paris et Lyon se traduit par des dossiers refusés et des garants exigés. Pour les propriétaires qui envisagent de vendre afin de rentrer au Brésil, les signaux pointent vers une poursuite de la baisse des prix en 2027, pas vers une reprise.