80. L’indicateur de confiance des ménages calculé par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a perdu 5 points en octobre pour retomber à son niveau de juin 2013, très loin de sa moyenne de longue période fixée à 100. Publiée le 27 octobre, l’enquête mensuelle décrit des Français inquiets pour leurs finances, pessimistes sur l’emploi et convaincus que les prix repartent. Trois jours plus tard, l’Insee confirmait leur intuition : l’inflation a atteint 3,4 % sur un an en octobre, son plus haut niveau depuis janvier 2024.
Tous les voyants au rouge
Le détail de l’enquête est sans appel. Le solde d’opinion sur la situation financière future des ménages chute de 9 points, à -24. Celui sur la situation passée recule de 6 points, à -32. L’opportunité de faire des achats importants perd 4 points, à -41, contre une moyenne de longue période de -16. Les craintes sur l’évolution du chômage bondissent de 5 points, à 61, alors que la moyenne historique est de 33. Enfin, la perception de la hausse des prix passés grimpe de 8 points, à 42 : les Français voient l’inflation revenir dans leur caddie et à la pompe.
La cause première est énergétique. En septembre, l’énergie coûtait déjà 21,3 % de plus qu’un an plus tôt, avec des produits pétroliers à +36,2 % et du gaz à +19 %, conséquence directe de la guerre au Moyen-Orient. Le gazole s’est vendu autour de 2,30 euros le litre en octobre. Les produits frais ont augmenté de 9,5 % sur un an. L’inflation sous-jacente, hors énergie et produits frais, reste contenue à 1,5 %. Autrement dit, la France importe son inflation. Elle ne la fabrique pas par une surchauffe des salaires.
2025, l’année où les salaires avaient rattrapé les prix
Le choc arrive après une parenthèse favorable. Selon l’Insee Première publié le 22 octobre, le salaire net moyen du secteur privé a atteint 2 797 euros par mois en équivalent temps plein en 2025, en hausse de 2,5 % en euros courants et de 1,5 % en euros constants, l’inflation n’ayant été que de 0,9 %. Le salaire médian s’établit à 2 238 euros nets, le premier décile à 1 519 euros, le Smic à 1 426 euros. La construction a connu la meilleure progression (+2,3 % en euros constants, à 2 487 euros).
Ce rattrapage était fragile. Après deux années de recul du pouvoir d’achat des salaires (-1,3 % en 2022, -1 % en 2023), la progression entre 2019 et 2025 ne dépasse pas 0,2 % par an, contre 0,6 % par an entre 1996 et 2019. Et l’écart entre le brut (3 693 euros) et le net (2 797 euros) rappelle le poids des cotisations : près de 900 euros par mois prélevés avant même l’impôt sur le revenu. Avec une inflation revenue à 3,4 % et des hausses de salaires calées sur 2025, l’année 2026 s’annonce comme une nouvelle année de pouvoir d’achat perdu. Les syndicats réclament l’indexation des salaires sur les prix. Le gouvernement, lui, gèle le point d’indice des fonctionnaires et suspend l’indexation de certaines prestations dans son projet de budget 2027.
Ce que cela change pour les Brésiliens de France
Pour la première fois depuis longtemps, la France affiche une inflation au niveau de celle du Brésil, projetée entre 3,2 et 3,4 % pour 2026. Les travailleurs brésiliens du bâtiment sont dans le secteur dont les salaires ont le plus progressé en 2025. Ceux des services à la personne et de la restauration restent proches du Smic, à 1 426 euros nets, là où l’énergie et l’alimentation pèsent le plus lourd dans le budget. Le taux de chômage de 8,3 % au deuxième trimestre et la montée des craintes sur l’emploi rappellent qu’un contrat en CDI vaut plus que jamais au moment de louer un logement ou d’emprunter. Enfin, pour ceux qui envoient de l’argent au pays, un real affaibli (environ -9 % face au dollar après la réélection de Lula) augmente la valeur des euros transférés, mais ces euros sont désormais eux-mêmes rognés par les prix français.