4 novembre 2026

International

Conseil de sécurité : le Brésil veut un siège permanent, l’ONU ne bouge pas

Onze mandats de membre élu, un record partagé avec le Japon, et une candidature permanente soutenue par Paris et Londres. Mais la réforme du Conseil reste bloquée, et Brasília le sait.

Photo : Pixabay / Anfaenger

Depuis le 21 septembre 1949, le Brésil ouvre chaque année le débat général de l’Assemblée générale des Nations unies. Cette place de premier orateur est devenue le symbole d’une ambition : siéger en permanence au Conseil de sécurité. Le pays a été élu onze fois membre non permanent, le dernier mandat courant sur 2022-2023. Seul le Japon a passé plus d’années au Conseil sans en être membre permanent. Luiz Inácio Lula da Silva, réélu dimanche pour un quatrième mandat, n’a jamais caché que ce siège restait l’objectif de sa diplomatie.

Le G4 et ses adversaires

Avec l’Allemagne, l’Inde et le Japon, le Brésil forme le G4, qui réclame des sièges permanents pour ses quatre membres et pour deux pays africains. La France et le Royaume-Uni soutiennent la candidature brésilienne. La Russie aussi, au moins en paroles : Sergueï Lavrov déclarait en 2020 que l’Inde et le Brésil « méritent absolument » d’être au Conseil. Les États-Unis ont signalé qu’ils pourraient accepter le Brésil, mais sans droit de veto. La Chine, hostile au Japon, reste prudente. En face, le groupe « Unis pour le consensus », emmené par l’Italie, préfère multiplier les sièges non permanents ; l’Argentine, le Mexique et la Colombie s’opposent frontalement à un siège brésilien. En novembre 2025, pour les 80 ans de l’ONU, le Brésil a réclamé avec ses trois partenaires l’ouverture de vraies négociations. Rien n’a suivi.

Ce que le Brésil a montré au Conseil

Le dernier mandat a laissé une trace. Le 18 octobre 2023, sous présidence brésilienne, le Conseil a voté un projet de résolution brésilien sur des pauses humanitaires à Gaza : douze voix pour, dont la France et la Chine, deux abstentions (Royaume-Uni et Russie) et un veto américain. L’ambassadeur Sérgio França Danese a défendu un texte « solide et équilibré » et jugé que l’échec n’était « dans l’intérêt à long terme de personne ». Deux ans plus tard, le 5 janvier 2026, le Conseil s’est réuni en urgence après la capture de Nicolás Maduro par les forces américaines. Le Brésil, qui ne siégeait plus, a condamné par la voix de Lula un « précédent extrêmement dangereux » et signé une déclaration commune avec l’Espagne, le Chili, la Colombie, le Mexique et l’Uruguay.

Le pays pèse aussi par ses casques bleus : 33 opérations de maintien de la paix, plus de 27 000 soldats déployés au total, le commandement militaire de la mission en Haïti de 2004 à 2017 et celui de la force maritime de la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL).

Le prix de l’ambiguïté

La candidature brésilienne bute sur trois obstacles. Le premier est structurel : toute réforme exige l’accord des cinq membres permanents et des deux tiers des États membres, et chaque candidat a un voisin pour s’y opposer. Le deuxième est régional : l’Argentine de Javier Milei, en froid avec Brasília depuis l’été, ne lèvera pas son opposition. Le troisième tient à la ligne brésilienne elle-même. Brasília condamne l’intervention américaine au Venezuela mais a longtemps ménagé Nicolás Maduro ; elle plaide pour le droit international mais a accepté en septembre une déclaration des BRICS qui ne mentionne même pas la guerre en Ukraine. Pour ses partisans, cette équidistance est la marque d’une puissance qui parle à tous. Pour ses critiques, à Paris comme à Washington, c’est ce qui empêche l’Europe et les États-Unis de passer du soutien verbal à l’engagement. Le siège attendra.