Le 25 juillet 2026, à São Paulo, Javier Milei monte à la tribune de la convention du Parti libéral qui investit Flávio Bolsonaro. Le président argentin traite Luiz Inácio Lula da Silva de « voleur », de « taulard » et de « délinquant », et insulte le juge Alexandre de Moraes. Le lendemain, Brasília rappelle son ambassadeur Julio Bitelli pour consultations et convoque l’ambassadeur argentin Daniel Raimondi. Le ministre des Affaires étrangères Mauro Vieira parle d’un épisode sans précédent en plus de deux cents ans de relations bilatérales. Trois mois plus tard, les deux postes restent vides, et Buenos Aires n’a toujours pas félicité Lula pour sa réélection du 25 octobre.
Deux visions de l’économie
Le désaccord ne se résume pas aux insultes. Milei veut un Mercosur plus souple, où chaque pays négocie ses propres accords. Il a boudé le sommet d’Asunción le 30 juin et a conclu avec Washington un accord de réductions tarifaires, publié le 6 février 2026, qui couvre environ 200 produits selon les diplomates brésiliens, alors que les exceptions au tarif extérieur commun accordées à l’Argentine en 2025 n’en autorisent que 150. Le chancelier argentin Pablo Quirno soutient que le bloc n’interdit pas ce type d’accord. Brasília estime que les règles doivent être respectées et envisage de convoquer le Conseil du marché commun.
Les libéraux argentins ont un argument solide : l’union douanière à tarif unique a longtemps protégé l’industrie de São Paulo au détriment des consommateurs du Cône Sud. Les défenseurs du bloc répondent que le Brésil reste le premier partenaire commercial de l’Argentine et qu’un affaiblissement du Mercosur lui coûterait plus qu’à son voisin. L’ancien président Alberto Fernández et le gouverneur de Buenos Aires Axel Kicillof ont reproché à Milei de mettre en danger exportations, investissements et emplois.
L’Europe comme planche de salut
Pendant que ses deux piliers se disputent, le Mercosur a conclu le dossier le plus long de son histoire. L’accord avec l’Union européenne, signé le 17 janvier 2026 à Asunción, est en application provisoire depuis le 1er mai 2026 malgré le vote contre de la France, de la Pologne et de la Hongrie. Il ouvre un contingent supplémentaire de 99 000 tonnes de viande bovine à droit réduit de 7,5 %. La Cour de justice de l’Union européenne a été saisie en janvier. Pour les éleveurs français, le texte est un cheval de Troie du boeuf brésilien ; pour l’industrie européenne, c’est un marché sud-américain longtemps fermé qui s’ouvre. Le coup d’arrêt est venu d’ailleurs : depuis le 3 septembre 2026, Bruxelles suspend les importations de viande bovine, de volaille, d’oeufs et de miel brésiliens faute de garanties sur les antibiotiques.
Rendez-vous à Montevideo
L’Uruguay préside le bloc jusqu’au sommet de Montevideo des 4 et 5 décembre. Son ministre des Affaires étrangères Mario Lubetkin a exclu toute médiation entre Brasília et Buenos Aires, tout en appelant à faire baisser la tension. Milei, qui avait fait campagne pour Flávio Bolsonaro, n’a pas confirmé sa venue. S’il vient, ce sera la première rencontre des deux présidents depuis l’été. S’il ne vient pas, le Mercosur, né en 1991, tiendra son sommet avec un siège vide, et l’Argentine devra dire si elle choisit le bloc ou Washington.