3 novembre 2026

International

Paris et Brasília, alliés qui se disputent : Mercosur, sous-marins et or de Guyane

Emmanuel Macron et Lula se sont vus au moins six fois depuis 2023, de Belém à Évian. La relation d'État est dense, mais l'accord UE-Mercosur et l'orpaillage illégal en Guyane l'empoisonnent.

Photo : Pixabay / ChiemSeherin

Le 15 juin 2026, Luiz Inácio Lula da Silva arrive à Évian-les-Bains pour le sommet du G7, invité par Emmanuel Macron. Les deux hommes se connaissent : visite d’État du président français au Brésil du 26 au 28 mars 2024, de Belém à São Paulo en passant par le chantier naval d’Itaguaí et Brasília ; séjour de Lula en France du 3 au 9 juin 2025, entre l’Élysée, l’Académie française, le siège d’Interpol à Lyon et la conférence de l’ONU sur l’océan à Nice ; retrouvailles à Belém pour la COP30 en novembre 2025. Peu de couples présidentiels affichent une telle fréquence. Peu affichent aussi autant de désaccords de fond.

Le contentieux Mercosur

La France a voté contre l’accord entre l’Union européenne et le Mercosur, signé le 17 janvier 2026 à Asunción. Le texte est tout de même en application provisoire depuis le 1er mai 2026, la Pologne et la Hongrie ayant été les seuls autres pays à s’y opposer. Paris a saisi la Cour de justice de l’Union européenne en janvier. Au coeur de la colère des éleveurs français : un contingent supplémentaire de 99 000 tonnes de viande bovine à droit réduit de 7,5 %, dont le géant JBS pourrait capter 85 à 90 % selon l’École de guerre économique. Brasília y voit un protectionnisme déguisé. Les événements ont donné un argument inattendu à Paris : depuis le 3 septembre 2026, la Commission européenne suspend les importations de viande bovine, de volaille, d’oeufs et de miel brésiliens, faute de garanties sur l’usage des antibiotiques.

Sous-marins et entreprises

Le socle de la relation reste industriel et militaire. Le partenariat stratégique de 2008 a débouché sur un contrat d’environ 12 milliards de dollars : quatre sous-marins Scorpène, l’aide à la conception d’un sous-marin à propulsion nucléaire et cinquante hélicoptères EC725 assemblés par Helibras. Le chantier d’Itaguaí, visité par Macron en 2024, a livré son deuxième sous-marin en janvier 2024. Côté civil, la diplomatie française recensait en 2019 près d’un millier d’entreprises françaises au Brésil, environ 500 000 emplois et quelque 30 milliards d’euros d’investissements directs. Le Brésil est le premier partenaire commercial de la France en Amérique latine.

730 kilomètres de frontière

La France et le Brésil partagent 730 kilomètres de frontière entre la Guyane et l’Amapá, la plus longue frontière terrestre française. Le pont sur l’Oyapock, décidé lors d’une visite de Lula en France, a ouvert en 2017 et relie Cayenne à Macapá par la RN2 et la BR-156. C’est aussi par là que passe l’or illégal. L’opération Harpie, lancée en mars 2008 et mobilisant près d’un millier de militaires et gendarmes, lutte contre des chantiers clandestins tenus pour l’essentiel par des garimpeiros venus des régions pauvres du Brésil et du Suriname. En août 2023, 143 sites illégaux étaient recensés en Guyane. L’or extrait illégalement est estimé entre 8 et 10 tonnes par an, contre une production légale de 1 à 1,5 tonne, et 1 500 kilomètres de cours d’eau étaient pollués au mercure fin août 2023. Le dossier figure à l’agenda des deux gouvernements depuis près de vingt ans, sans résultat durable. Avec la réélection de Lula le 25 octobre, les interlocuteurs ne changent pas. Les dossiers non plus.