Les 12 et 13 septembre 2026, à New Delhi, Narendra Modi a réuni les dirigeants des dix pays membres des BRICS. La déclaration finale a évité de mentionner la guerre en Ukraine, faute de consensus. Elle a mis l’accent sur la résilience des chaînes d’approvisionnement, les paiements transfrontaliers et l’usage des monnaies nationales dans le commerce. Un an plus tôt, c’était Luiz Inácio Lula da Silva qui recevait le groupe à Rio de Janeiro, les 6 et 7 juillet 2025, sans Xi Jinping, absent pour la première fois depuis 2012, et avec un Vladimir Poutine en visioconférence, sous mandat d’arrêt de la Cour pénale internationale.
Un club qui grandit vite
Fondé en 2009 par le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, rejoint par l’Afrique du Sud en 2010, le groupe a intégré l’Égypte, l’Éthiopie, l’Iran et les Émirats arabes unis en 2024, puis l’Indonésie le 6 janvier 2025. L’Arabie saoudite, invitée, n’a jamais confirmé son adhésion. Une douzaine de pays partenaires, de la Biélorussie à la Malaisie, gravitent autour. L’ensemble représente environ 46 % de la population mondiale et un peu plus d’un tiers du PIB mondial en parité de pouvoir d’achat. La Nouvelle banque de développement, créée au sommet de Fortaleza en 2014, avait approuvé plus de 32 milliards de dollars pour 96 projets fin 2024.
Le Brésil, lui, a bloqué en 2024 l’entrée du Venezuela de Nicolás Maduro. Ce veto dit quelque chose de sa stratégie : rester dans la salle, sans transformer le groupe en front anti-occidental.
La monnaie commune, un serpent de mer
Le sujet qui fâche Washington est celui qui avance le moins. Au sommet de 2023 en Afrique du Sud, les membres ont promis d’étudier la faisabilité d’une monnaie commune. Une maquette de billet a circulé à Kazan en 2024. Rien n’a été décidé. Le gouverneur de la banque centrale indienne a rappelé en décembre 2024 que la dédollarisation n’était qu’un aspect de la réduction de la dépendance monétaire. Donald Trump a pourtant menacé en novembre 2024 de droits de douane de 100 % contre les pays qui pousseraient une monnaie des BRICS, a répété la menace à son retour à la Maison-Blanche et a déclaré en février 2025 que le groupe était « mort ».
Pour les économistes libéraux brésiliens, la monnaie commune est une impasse : des pays aux inflations, aux régimes de change et aux contrôles de capitaux incompatibles ne partagent pas une monnaie. Le real flotte, le yuan ne flotte pas. Le risque, pour le Brésil, serait de payer en crédibilité ce qu’il ne gagne pas en commerce.
Le calcul de Brasília
Le Brésil cherche d’abord un siège à la table. Sa présidence de 2025 a mis en avant la santé mondiale, le climat, la gouvernance de l’intelligence artificielle et la réforme du Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations unies. Le groupe reste son meilleur relais pour défendre une candidature de membre permanent que la Russie et la Chine soutiennent, au moins sur le papier. Le second objectif est commercial : la Chine achète déjà 28,7 % des exportations brésiliennes, et les BRICS servent de cadre à des accords de paiement en monnaies locales qui réduisent le coût des transactions.
Les critiques voient une illusion d’optique. Le Brésil exporte vers la Chine et importe de Chine, mais son commerce avec la Russie, l’Iran ou l’Éthiopie reste marginal. Siéger aux côtés de Téhéran et de Moscou a un coût d’image en Europe et aux États-Unis, au moment où Brasília négocie avec Washington la levée d’une surtaxe de 25 %. La question libérale n’est pas de savoir si le Brésil doit parler à tout le monde. C’est de savoir ce qu’il obtient en échange.