4 novembre 2026

International

Lula réélu, Trump parle d’élection truquée : où va la relation Brésil-États-Unis

Washington maintient ses surtaxes de 25 % et le président américain refuse de féliciter Lula. À la veille des élections de mi-mandat, les deux capitales ont pourtant un groupe de travail commercial sur la table.

Photo : Pixabay / 12019

Vingt-cinq pour cent. C’est le niveau de la surtaxe que les États-Unis appliquent depuis le 22 juillet 2026 à une partie des produits brésiliens, au titre de la section 301 de leur loi commerciale. Le Brésil a été le premier pays visé par cet outil depuis que la Cour suprême américaine a invalidé, en février 2026, les droits de douane d’urgence décidés par Donald Trump en 2025. La réélection de Luiz Inácio Lula da Silva, le 25 octobre, avec 51,74 % des voix face à Flávio Bolsonaro, n’a rien changé au dispositif.

Un président américain qui ne félicite pas

Donald Trump avait salué « une grande victoire » de Flávio Bolsonaro au premier tour. Après le second, il n’a pas appelé Lula. Interrogé le lundi 26 octobre, il a déclaré que le scrutin ressemblait « à une nouvelle élection truquée », sans apporter d’élément, selon le Buenos Aires Herald. L’agence EFE, citée par MercoPress, lui prête une comparaison avec la présidentielle américaine de 2020. La Maison-Blanche n’a publié aucun communiqué officiel. Flávio Bolsonaro refuse de reconnaître le résultat et s’est envolé pour Miami le 28 octobre, où vit déjà son frère Eduardo Bolsonaro.

Le dossier commercial avance pourtant à bas bruit. Lula et Trump se sont vus à la Maison-Blanche en mai, puis se sont parlé au téléphone le 21 août. Le 30 septembre, en marge de la réunion des ministres du Commerce du G20 à Milwaukee, Mauro Vieira, ministre des Affaires étrangères, Márcio Elias Rosa, ministre du Développement, et le représentant américain au Commerce Jamieson Greer ont créé un groupe de travail sur les tarifs et les barrières non tarifaires. Washington devait envoyer un document de cadrage dans les semaines suivantes.

Ce que Washington reproche à Brasília

Le bureau de Jamieson Greer cite des tarifs préférentiels jugés déloyaux, l’avantage donné au système de paiement public Pix, la taxe de 18 % sur l’éthanol américain et une application laxiste des lois contre la déforestation. Le secrétaire d’État Marco Rubio a accusé Lula d’avoir placé son ego avant un accord profitable aux Brésiliens. Brasília répond que l’enquête est liée à la famille Bolsonaro, invoque sa loi de réciprocité votée à l’unanimité par le Congrès et saisit l’Organisation mondiale du commerce. Pour les libéraux brésiliens, la leçon est ailleurs : le Pix reste un système d’État qui marginalise les acteurs privés, et l’éthanol protégé se paie à la pompe.

Un partenaire qui pèse moins qu’avant

Les chiffres relativisent la crise. Les États-Unis ont absorbé 10,8 % des exportations brésiliennes en 2025, contre 28,7 % pour la Chine, selon le Conseil d’entreprises Brésil-Chine. Les ventes vers les États-Unis ont reculé de 6,6 % sur l’année. Le Brésil a enregistré un déficit de 14,4 milliards de dollars sur les biens avec les États-Unis, qui n’ont plus connu de déficit avec Brasília depuis 2008. Selon le ministre Márcio Rosa, environ 18 % des exportations vers les États-Unis sont réellement touchées par la surtaxe. Le café, la viande bovine, certains fruits et les pièces aéronautiques en sont exemptés.

Reste le calendrier. Les Américains votent le 3 novembre pour renouveler la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Un Congrès plus hostile à Trump pourrait relancer les tentatives de reprise en main de la politique tarifaire. Lula, de son côté, se rendra au sommet du G20 organisé en Floride les 14 et 15 décembre, sous présidence américaine. Aucune rencontre bilatérale n’est prévue. Les entreprises des deux pays attendent surtout que le groupe de travail de Milwaukee produise un texte.