Sur 351 demandes de révision criminelle reçues par le Tribunal suprême fédéral (STF) en vingt-cinq ans, une seule a été accueillie, et seulement en partie. En 2014, la plénière avait dispensé l’ancien député Natan Donadon de payer 1,6 million de reais de réparation, tout en maintenant sa peine de treize ans de prison. Ce chiffre, rappelé par la Folha de Pernambuco, fixe le cadre dans lequel s’inscrivent les deux recours de Jair Bolsonaro.
Deux recours, un seul rapporteur
La première demande, enregistrée sous le numéro RvC 6021 et rendue publique par le STF le 12 mai 2026, attaque la condamnation à 27 ans et 3 mois sur quatre points. L’affaire aurait dû être jugée par les onze juges de la plénière et non par les cinq de la Première Chambre. La délation de Mauro Cid, ancien aide de camp, serait nulle car involontaire. L’accès aux preuves aurait été tardif et « funcionalmente ineficaz ». Enfin, les faits retenus relèveraient de simples actes de « cogitação ». Les avocats parlent d’un « erro judiciário » et soutiennent qu’il n’existe « nenhuma ordem ou orientação do ex-presidente em relação ao 8 de janeiro ».
Le règlement intérieur impose de tirer le rapporteur au sort parmi les juges de l’autre chambre. Les quatre juges de la Première Chambre et Luiz Fux, qui avait voté l’acquittement, étaient donc exclus. Le sort a désigné Kassio Nunes Marques, nommé au STF par Bolsonaro en 2020. La seconde demande, déposée le 25 septembre 2026 et distribuée au même rapporteur par prévention, va plus loin. Elle réclame la suspension immédiate de la peine et l’annulation des décisions à l’origine de l’enquête sur les fausses informations, dont découlent les preuves du procès. Elle s’appuie sur un rapport technique qui relève des « falhas na coleta de dados digitais », notamment des messages Signal extraits du téléphone de Cid par captures d’écran filmées. Le Correio da Manhã précise que ce document n’affirme pas que les preuves ont été altérées. La défense invoque aussi la séance plénière du 15 septembre, consacrée aux liens entre Alexandre de Moraes et le banquier Daniel Vorcaro.
Ce que dit le Parquet
Le 16 juin, le procureur général Paulo Gonet a demandé que la première requête ne soit même pas examinée au fond. Selon lui, « a defesa não apresentou fato novo, prova falsa ou ilegalidade manifesta capaz de justificar a reabertura da condenação ». La révision n’est pas un appel déguisé. La condamnation « está assentada em vigoroso conjunto probatório ». La règle réservant la plénière au président de la République vise le chef de l’État en fonction, pas un ancien président. Quant à la délation de Cid, elle a été homologuée, l’intéressé était assisté d’avocats et sa volonté a été confirmée à plusieurs reprises.
Le calendrier et les voix
Le 7 octobre, le cabinet de Nunes Marques a publié une note. Il n’examinera rien avant l’élection, pour ne pas interférer avec le scrutin. Après, « não significa imediatamente depois » : il faut « aguardar o processo estar concluso ». Il ne décidera pas seul et portera le dossier en plénière, « que é o órgão competente ». La date dépendra du président de la Cour, Edson Fachin. Le Diário de Pernambuco a fait le compte des voix dans une Cour à dix membres, le siège de Luís Roberto Barroso étant vacant depuis le rejet de Jorge Messias par le Sénat. Trois juges seraient ouverts à la révision : Nunes Marques, André Mendonça et Fux. Cinq s’y opposeraient : Moraes, Flávio Dino, Cármen Lúcia, Cristiano Zanin et Gilmar Mendes. Dias Toffoli et Fachin ne se sont pas prononcés. Si la révision est accueillie, la Cour peut acquitter, requalifier les faits, réduire la peine ou annuler le procès. Elle ne peut jamais l’aggraver. La défaite de Flávio Bolsonaro le 25 octobre a retiré à la famille l’autre scénario, celui d’une grâce présidentielle en 2027. Il reste ce recours, et sa statistique.