3 novembre 2026

Dossier Bolsonaro Analyse

Comment la presse européenne raconte Bolsonaro : mots qui reviennent, faits qui manquent

« Ex-président d'extrême droite », « putschiste », « ultraderechista » : trois mots suffisent souvent à présenter Jair Bolsonaro en Europe. Ce que le lecteur français ne lit presque jamais tient en trois chiffres.

Photo : Pixabay / Kranich17

Dimanche 25 octobre 2026, 48,25 % des électeurs brésiliens ont voté pour Flávio Bolsonaro. Le lundi, la plupart des titres européens ont retenu la réélection de Lula et la défaite du « fils de l’ex-président d’extrême droite ». Le chiffre, lui, est resté dans le corps des articles. C’est le premier angle mort d’une couverture qui, depuis 2018, s’est construite autour de deux ou trois formules.

Le lexique

Dans la presse française, l’étiquette « ex-président d’extrême droite » précède presque toujours le nom. Elle vient des dépêches d’agence et se retrouve, à quelques variantes près, dans Le Monde, Libération et Le Figaro. Libération y ajoute volontiers « putschiste » dans ses titres. Le Figaro reste plus près de la formule judiciaire, « condamné pour tentative de coup d’État ». En Espagne, El País écrit « expresidente ultraderechista ». La presse anglophone fait un choix différent. Dans la dépêche Reuters du 15 janvier 2026 sur le transfert à la Papuda, signée Ricardo Brito, Bolsonaro est « former President », puis « far-right leader », condamné « of plotting a coup to remain in power ». L’Associated Press écrit « former right-wing president » et « leading a coup attempt ». La radio portugaise Renascença, reprenant Reuters en mars 2026, se contente d’« antigo Presidente do Brasil » et rappelle le surnom de « Trump dos Trópicos », sans qualificatif idéologique. Au Brésil, la Folha de S.Paulo et O Globo utilisent « ex-presidente » et « trama golpista », le terme consacré pour le dossier judiciaire. Aucun de ces mots n’est faux. Bolsonaro a été condamné à 27 ans et 3 mois pour tentative de coup d’État, et il se définit lui-même comme un homme de droite. La question est ce que l’étiquette dispense d’expliquer.

Ce que le lecteur français ne lit pas

Trois séries de faits apparaissent rarement. La première est électorale. Bolsonaro a obtenu 49,1 % au second tour de 2022. Son fils, candidat pour la première fois à la présidence, 48,25 % en 2026, alors que son père était en prison et interdit de parole. Un électeur brésilien sur deux, pendant deux scrutins, a voté pour cette famille. La deuxième série est économique. Le gouvernement Bolsonaro a confié l’économie à Paulo Guedes, un libéral formé à Chicago, qui a fusionné quatre ministères en un seul. Sous son mandat, le Congrès a voté en 2019 une réforme des retraites dont le gouvernement attendait 855 milliards de reais d’économies sur dix ans. En février 2021, la loi d’autonomie de la Banque centrale a donné des mandats fixes à son président et à ses directeurs ; contestée par le PT et le PSOL, elle a été validée par le STF par huit voix contre deux et Lula ne l’a pas abrogée. Le 14 juin 2022, l’État a vendu 802 millions d’actions d’Eletrobras pour 33,7 milliards de reais, ramenant sa part du capital votant de 68,6 % à 40,3 %. Le chômage, de 11,7 % au début du mandat, est tombé à 7,9 % fin 2022, son plus bas depuis 2014. La troisième série est judiciaire : les objections de pénalistes brésiliens, favorables ou non à la condamnation, sur le jugement par une chambre de cinq juges plutôt qu’en plénière.

Pourquoi cela compte

Un lecteur de Paris qui ne dispose que de l’étiquette ne peut pas comprendre pourquoi la moitié du Brésil vote encore pour ce camp, ni pourquoi le Congrès a renversé en avril 2026 le veto de Lula sur la réduction des peines par 318 voix contre 144. Il ne peut pas non plus mesurer ce que les marchés attendent de Lula, réélu sur un programme que les économistes jugent inflationniste. Nommer un condamné est juste. Expliquer son électorat est le travail d’après. La presse brésilienne, qui n’a aucune indulgence pour Bolsonaro, le fait tous les jours. La presse européenne le fait rarement, et c’est l’écart que ce site se propose de combler.