4 novembre 2026

Dossier Bolsonaro Analyse

Le bolsonarisme sans Bolsonaro : Flávio en fuite à Miami, Eduardo en exil, Carlos au Sénat

Sommé de rendre ses passeports le 26 octobre, Flávio Bolsonaro a quitté le Brésil par l'Argentine et atterri à Miami le 28. Son père est muet par décision de justice, Eduardo est sous mandat d'arrêt. Qui parle encore aux 48 % ?

Photo : Pixabay / MustangJoe

Lundi 26 octobre 2026, 10 heures. Flávio Bolsonaro sort de la maison de Brasília où son père purge sa peine. Trente minutes de visite, le quota autorisé. Sur le trottoir, des agents de la Police fédérale l’attendent. Ils lui notifient une décision d’Alexandre de Moraes, prise sous secret de justice : interdiction de quitter le pays et remise de ses trois passeports, ordinaire, diplomatique et italien. Le sénateur, battu la veille avec 48,25 % des voix, est visé par une enquête au Tribunal suprême fédéral (STF) avec l’avocat Willer Tomaz, soupçonné de blanchiment lié aux paris en ligne. Flávio dit avoir glissé à son père : « Pai, começou a perseguição ». Le même jour, dans une vidéo, il annonce qu’il reste au Brésil pour organiser l’opposition.

Vingt-six heures plus tard

Les passeports ne sont pas remis. Entre la nuit du 27 et la matinée du 28 octobre, Flávio, sa femme Fernanda et leurs filles quittent le pays. Selon le quotidien argentin Clarín, repris par l’Estadão, la famille a parcouru environ 1 600 km par la route jusqu’à Foz do Iguaçu, est passée en Argentine et a décollé de Puerto Iguazú à bord d’un Gulfstream, avec une escale en Équateur, vers Miami. Flávio affirme avoir décidé seul, avec sa famille. Il justifie son départ par les propos de son frère Eduardo, qui avait dit un an plus tôt qu’il devrait quitter le Brésil en cas de défaite, et que Moraes a retenus. « Eu não saí do Brasil. Eu saí pelo Brasil », dit-il le 30 octobre dans un direct Instagram. Il conteste le résultat, évoque des voix « matematicamente impossíveis » sans produire de preuve, et n’exclut pas de se représenter. Le 31, à Mar-a-Lago, Donald Trump le soutient : « Pode ficar aqui pelo tempo que quiser », et qualifie le scrutin de « uma desgraça, na minha opinião ». Marco Rubio nie toute aide : « Não facilitamos nada », tout en confirmant que Trump a décidé de l’autoriser à entrer et qu’il recevra un « parole » humanitaire. Le mandat de sénateur de Flávio s’achève en février 2027. Il perdra alors son for privilégié.

Un père interdit de parole, trois héritiers dispersés

Jair Bolsonaro reste le centre de gravité, mais un centre muet. Condamné à 27 ans et 3 mois, inéligible jusqu’en 2030, en prison domiciliaire depuis le 24 mars 2026, il n’a pas pu parler pendant la campagne et ne peut pas commenter la fuite de son fils. Le 31 octobre, Carlos l’a trouvé amaigri, repris par ses crises de hoquet, et nostalgique : « ele falou que está com muita saudade do Flávio ». Eduardo Bolsonaro vit aux États-Unis depuis le début de 2025. Il a perdu son mandat de député, a été condamné à quatre ans de prison pour avoir cherché à obtenir des sanctions américaines contre des autorités brésiliennes, et fait l’objet d’un mandat d’arrêt, selon Agência Brasil. Il parle à la base radicale, par les réseaux, depuis l’étranger. Michelle Bolsonaro, présidente du PL Mulher, avait renoncé à se présenter. Elle est la seule du clan sans procès ni exil. Carlos, élu sénateur de Santa Catarina le 4 octobre, devient le seul Bolsonaro avec un mandat national et une présence physique à Brasília. Dès le 31 octobre, il a fixé une ligne : « Nosso candidato é o Rogério Marinho » pour la présidence du Sénat en février 2027, contre Davi Alcolumbre, le même nom que Flávio a désigné depuis Miami.

Le parti et le Centrão

Le Parti libéral (PL), présidé par Valdemar Costa Neto, a reconnu la victoire de Lula et sort renforcé des urnes législatives du 4 octobre. Paradoxe de cette élection : le bolsonarisme a perdu le Planalto, gagné des sièges et perdu son candidat en trois jours. Le Centrão a tourné la page. Un président de parti résume, dans le Correio da Manhã : « A fila tem que andar ». Le bolsonarisme sans Bolsonaro existe en trois morceaux qui ne se parlent plus : une base de 48 % qui attend un chef, un groupe parlementaire qui négocie déjà avec le pouvoir, et une famille éclatée entre Brasília, Miami et une maison surveillée du District fédéral.