3 novembre 2026

Dossier Bolsonaro Analyse

Le bilan économique de Bolsonaro (2019-2022) à froid : les chiffres et les deux lectures

Croissance faible, chômage en recul, inflation à deux chiffres en 2021, dette gonflée par la pandémie. Quatre ans après, les séries de l'IBGE et de la Banque centrale permettent un bilan sans slogan.

Photo : Pixabay / alexramos10

Plus 1,2 %, moins 3,3 %, plus 4,8 %, plus 3,0 %. Ce sont les variations annuelles du PIB brésilien de 2019 à 2022, telles que les publie l’Institut brésilien de géographie et de statistique (IBGE). Sur quatre ans, l’économie a progressé d’environ 5,6 %, soit à peine plus de 1 % par an, avec au milieu la plus forte récession depuis 1990. Ce point de départ interdit les jugements simples. Le mandat de Jair Bolsonaro a connu une année ordinaire, une année de pandémie, une année de rebond et une année d’élection.

Emploi, prix, dette

Le marché du travail est l’argument des défenseurs du bilan. Le taux de chômage, à 11,7 % au début de 2019, a grimpé au-dessus de 14 % au pire de la pandémie, puis est retombé à 7,9 % au dernier trimestre 2022, son plus bas depuis 2014. Les prix sont l’argument des critiques. L’indice IPCA a progressé de 4,31 % en 2019 et 4,52 % en 2020, puis de 10,06 % en 2021, loin de la cible de la Banque centrale, avant de redescendre à 5,79 % en 2022, grâce aussi à une baisse temporaire des taxes sur les carburants. Le taux Selic a suivi le mouvement : 6,5 % à l’arrivée au pouvoir, un plancher historique de 2 % entre août 2020 et mars 2021, puis 13,75 % à partir d’août 2022, niveau auquel il se trouve encore aujourd’hui. La dette a fait un aller-retour. Selon la méthodologie du Fonds monétaire international, la dette brute est passée de 87,1 % du PIB en 2019 à 96 % en 2020, puis 85,3 % en 2022. La série de la Banque centrale, qui exclut certains titres détenus par elle-même, donne des niveaux plus bas, autour de 73 % fin 2022, mais la même trajectoire : un bond en 2020, un reflux ensuite porté par l’inflation et la croissance nominale.

La pandémie et les transferts

La Covid-19 a tué environ 690 000 Brésiliens jusqu’à la fin de 2022. La gestion sanitaire du président, hostile aux confinements et longtemps sceptique sur les vaccins, a été mise en cause par la commission d’enquête du Sénat de 2021, dont le rapport final demandait sa mise en accusation. La gestion budgétaire a été à l’inverse massive. L’Auxílio Emergencial de 2020, 600 reais par mois pour plus de 60 millions de personnes, a coûté près de 300 milliards de reais et a été financé par la dette, en dehors du plafond des dépenses. En novembre 2021, le Bolsa Família a été remplacé par l’Auxílio Brasil, à 400 reais, porté à 600 reais en août 2022 par un amendement constitutionnel voté à trois mois de l’élection. Pour les critiques, c’est la fin du plafond des dépenses, la règle d’or de Paulo Guedes, sacrifiée deux fois par amendement constitutionnel. Pour les défenseurs, c’est le filet qui a permis le rebond de 2021 et la baisse du chômage.

Les réformes qui restent

Trois textes ont survécu au changement de gouvernement. La réforme des retraites de 2019, dont le gouvernement attendait 855 milliards de reais d’économies sur dix ans, a fixé un âge minimum de départ. La loi d’autonomie de la Banque centrale de février 2021, validée par le STF, a donné des mandats fixes à ses dirigeants ; Lula l’a critiquée mais ne l’a pas touchée. La privatisation d’Eletrobras, le 14 juin 2022, a rapporté 33,7 milliards de reais et ramené la part de l’État de 68,6 % à 40,3 % du capital votant. Les marchés ont retenu ces trois textes et le surplus primaire du gouvernement central dégagé en 2022, le premier depuis 2013. Les critiques retiennent l’inflation de 2021, la perte de revenu réel des ménages et l’enquête du réseau Penssan qui comptait 33 millions de Brésiliens en situation de faim en 2022. Les deux lectures s’appuient sur les mêmes séries. Elles ne choisissent pas les mêmes années.