Le 7 avril 2018, Luiz Inácio Lula da Silva quitte le siège du syndicat des métallurgistes de São Bernardo do Campo pour se livrer à la Police fédérale. Il passera 580 jours dans une salle de 15 m² à Curitiba. Le 25 novembre 2025, c’est Jair Bolsonaro qui commence à purger sa peine dans une salle de 12 m² au siège de la même police, à Brasília. Entre les deux, Michel Temer et Fernando Collor ont eux aussi été détenus. Quatre anciens présidents détenus en moins de huit ans, soit la moitié de ceux qui ont gouverné le pays depuis 1985. Aucun des quatre n’a dormi dans une cellule ordinaire.
Des chemins judiciaires très différents
Lula a été condamné en première instance par le juge Sergio Moro pour l’affaire du triplex de Guarujá, puis en appel par le tribunal régional de Porto Alegre. Il a été incarcéré parce que le Tribunal suprême fédéral (STF) admettait alors l’exécution de la peine après la deuxième instance. Le 7 novembre 2019, la Cour a changé d’avis et exigé l’épuisement de tous les recours. Lula est sorti le lendemain. Le 8 mars 2021, le juge Edson Fachin a annulé ses condamnations pour incompétence territoriale du tribunal de Curitiba, décision confirmée par la plénière le 15 avril 2021. Lula a retrouvé ses droits politiques, gagné l’élection de 2022 et vient d’être réélu.
Michel Temer a été arrêté le 21 mars 2019 sur ordre d’un juge fédéral de Rio, dans une enquête liée au chantier de la centrale d’Angra 3. Il s’agissait d’une détention provisoire, pas d’une peine. Un juge du tribunal régional l’a libéré au bout de quatre nuits. Il a ensuite été acquitté. Fernando Collor, lui, a été condamné directement par le STF en mai 2023 à 8 ans et 10 mois pour corruption passive et blanchiment, dans un dossier lié à BR Distribuidora. Arrêté à Maceió le 25 avril 2025, plus de trente ans après avoir quitté le pouvoir, il a obtenu le 1er mai une prison domiciliaire pour raisons de santé : maladie de Parkinson, apnée du sommeil sévère et trouble bipolaire, à 75 ans. Le rapporteur était déjà Alexandre de Moraes, et le Parquet s’était dit favorable.
Ce qui distingue Bolsonaro
Le cas de Jair Bolsonaro cumule trois particularités. La peine, 27 ans et 3 mois, est la plus lourde jamais infligée à un ancien chef de l’exécutif depuis le retour de la démocratie en 1985. Le motif est inédit : il est le seul condamné pour des crimes contre l’État démocratique de droit, et non pour corruption. Enfin, la procédure s’est déroulée entièrement devant le STF, en une seule instance, par un collège de cinq juges. Lula a bénéficié de trois niveaux de juridiction et d’une annulation finale. Bolsonaro n’a eu que les recours internes à la Première Chambre, puis la révision criminelle, admise une seule fois en 25 ans. Ce point revient chez les juristes qui contestent le choix de la Chambre plutôt que de la plénière. Comme Collor, il a obtenu une prison domiciliaire pour raisons médicales, après une bronchopneumonie, le 24 mars 2026.
Reddition de comptes ou crise institutionnelle
Pour le politologue Alex Ribeiro, interrogé par le Diário de Pernambuco, la série s’explique par « uma mistura de fragilidade nas instituições, forte polarização e um sistema partidário enfraquecido ». Il rappelle que le STF a lui-même annulé des condamnations de la Lava Jato en raison d’« excessos no processo, desrespeito a direitos e conexões inadequadas entre servidores públicos », sans nier la corruption. Quatre détentions, selon lui, « mostra tanto o reforço da prestação de contas quanto a seriedade da crise institucional brasileira ». La politologue Priscila Lapa ajoute que le bolsonarisme a prospéré sur la défiance envers les institutions et la rhétorique anticorruption née de la Lava Jato. Dans les quatre affaires, un même acteur décide à la fin : le STF. Il a libéré puis blanchi Lula, condamné Collor, condamné Bolsonaro. Cette centralité est désormais le vrai sujet du débat brésilien.