3 novembre 2026

Économie franco-brésilienne

Terres rares, niobium, lithium : le sous-sol brésilien, un enjeu de souveraineté européen

Le Brésil détient les deuxièmes réserves mondiales de terres rares, derrière la Chine. Vale pèse 38,4 milliards de dollars de ventes et Eramet, recapitalisé avec l'État français, exploite le lithium à la frontière argentine.

Photo : Pixabay / francescobovolin

Vingt et un millions de tonnes. C’est l’estimation des réserves brésiliennes de terres rares publiée en février 2025 par l’Institut géologique des États-Unis (USGS), qui place le Brésil au deuxième rang mondial derrière la Chine (44 millions de tonnes) et loin devant l’Inde, l’Australie ou la Russie. Ces métaux entrent dans les aimants des éoliennes, des moteurs électriques et des équipements militaires. La Chine en concentre environ les deux tiers des réserves et près de 87 % du commerce mondial, selon les données reprises par l’encyclopédie en ligne. Le Brésil, lui, n’a longtemps rien produit à l’échelle commerciale. C’est en train de changer : en septembre 2026, une loi instituant une politique nationale des minéraux critiques et stratégiques a été promulguée, relève la lettre développement durable du Trésor français.

Vale, le géant qui regarde vers le nickel et le cuivre

Le Brésil est déjà une puissance minière classique. Deuxième producteur mondial de minerai de fer, premier producteur de niobium avec environ 98 % des réserves connues, quatrième pour la bauxite et le manganèse, cinquième pour le lithium, huitième pour le nickel. Vale, l’ancienne compagnie publique privatisée en 1997, a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 38,4 milliards de dollars et un bénéfice net de 2,4 milliards. Dirigée par Gustavo Pimenta, elle est cotée à São Paulo et New York, et aussi à Paris et Madrid. Ses métaux de base, nickel, cuivre et cobalt, ont été regroupés en 2023 dans Vale Base Metals, entité installée à Toronto et présidée par Mark Cutifani, qui compte Tesla parmi ses clients. Du côté français, les importations de produits extractifs brésiliens ont atteint 0,9 milliard d’euros en 2024, deuxième poste derrière l’agroalimentaire.

Eramet, le lithium au bord du Brésil

Eramet est le groupe minier français le plus proche du continent sud-américain. Son usine de Centenario-Ratones, dans la province argentine de Salta, à quelques centaines de kilomètres de la frontière brésilienne, a une capacité nominale de 24 000 tonnes de carbonate de lithium par an et a atteint 90 % de cette capacité en juin 2026. Le groupe étudie une première extension de 11 000 tonnes, pour environ 350 millions de dollars, et veut recourir au régime argentin d’incitation aux grands investissements, le RIGI, qui offre trente ans de stabilité réglementaire. Jean-Baptiste Hogard, directeur de l’activité lithium, présente le site comme la première installation intégrée de nouvelle génération utilisant l’extraction directe du lithium à l’échelle industrielle hors de Chine. Le groupe sort d’une année difficile : en 2025, l’EBITDA ajusté a chuté de 54 % à 372 millions d’euros et le résultat net part du groupe, hors SLN, a été négatif de 370 millions, sous l’effet des prix du manganèse. Christel Bories, présidente-directrice générale, a fixé la priorité de 2026 sur la performance opérationnelle et le contrôle des coûts. Le 12 octobre 2026, Eramet a confirmé une augmentation de capital de 500 millions d’euros, soutenue par ses actionnaires de référence et par un investissement stratégique de l’État français. Ses actifs sont au Gabon, au Sénégal, en Indonésie, en Nouvelle-Calédonie et en Argentine ; le Brésil reste pour lui un voisin.

La lecture souverainiste

Pour l’Europe, dépendre de Pékin pour les terres rares revient à confier à un concurrent les clés de sa transition énergétique et de sa défense. Le Brésil offre une alternative géologique, mais les capitaux chinois sont déjà très présents dans ses mines et ses infrastructures. La France l’a compris : les minéraux critiques figurent parmi les secteurs prioritaires du Forum France-Brésil programmé à Paris le 27 septembre 2027. Pour les géologues, ingénieurs des mines et juristes brésiliens formés en France, c’est une filière où la connaissance du terrain brésilien et des règles européennes vaut cher.