3 novembre 2026

Économie franco-brésilienne Enquête

27 novembre 2025, un Batista à l’Élysée : chronologie d’un rendez-vous discret

Le jour où l'Assemblée nationale demandait à Emmanuel Macron de bloquer l'accord UE-Mercosur, le président recevait une délégation brésilienne, dont José Batista Junior, de la famille fondatrice de JBS. Ce n'était ni Choose France ni une visite d'État.

Photo : Pixabay / ChiemSeherin

Jeudi 27 novembre 2025, 16 heures. L’agenda officiel de la présidence de la République indique un « entretien avec une délégation de chefs d’entreprises et de personnalités politiques brésiliens ». La ligne n’y figurait pas le jour même. Elle a été ajoutée après que le média Basta! a demandé des explications à l’Élysée, qui a confirmé la rencontre et dit avoir « mis à jour » l’agenda. La journaliste Sophie Chapelle a comparé deux captures d’écran prises à 48 heures d’intervalle.

Qui était là, et pourquoi

Ce n’était ni le sommet Choose France, tenu le 17 novembre 2025, ni une visite d’État. La délégation venait du forum LIDE Brésil-France organisé le matin même au ministère de l’Europe et des Affaires étrangères. L’une des sessions portait sur les contributions de l’agro-industrie brésilienne à la sécurité alimentaire mondiale et les perspectives commerciales bilatérales. Parmi les participants reçus par Emmanuel Macron : José Batista Junior, fils du fondateur de JBS José Batista Sobrinho, frère aîné de Wesley et Joesley Batista, et patron de JBJ, une société d’élevage. Basta! ne cite aucun autre nom. L’Élysée a indiqué que le président avait échangé avec des chefs d’entreprise déjà installés en France et des investisseurs potentiels, dans la transition écologique, la mode, l’art de vivre, l’ingénierie et la construction. Le secteur de la viande n’apparaissait pas dans cette liste. « L’objectif était, comme toujours pour ce type d’exercice, de pouvoir attirer des investisseurs potentiels en France », a répondu la présidence. Le contenu des échanges n’a pas été communiqué.

Le même jour, l’Assemblée votait

Le 27 novembre 2025, l’Assemblée nationale adoptait à une large majorité une résolution demandant au chef de l’État de bloquer l’accord UE-Mercosur. Mi-novembre, Emmanuel Macron avait affirmé que l’accord, « tel qu’il existe aujourd’hui, recueillera un non très ferme de la France ». Au forum, José Batista Junior assurait, selon RFI, que son groupe n’était « pas là pour nuire, mais pour aider à approvisionner ». Luiz Fernando Furlan, président de LIDE, affirmait dans une vidéo que Macron « soutient l’accord Mercosur-UE, avec des conditions déjà connues ». Le collectif Stop Mercosur a dénoncé « un nouvel exemple du double jeu du Président de la République ».

Les suites

La France a voté contre l’accord au Conseil en janvier 2026. Il est pourtant appliqué à titre provisoire depuis le 1er mai. L’École de pensée sur la guerre économique a relevé, le 17 avril 2026, la faible couverture médiatique de ce rendez-vous. Boulevard Voltaire a écrit le 1er septembre que les frères Batista avaient été « reçus comme des chefs d’État à l’Élysée ». Dans le monde agricole, la Fédération nationale bovine réclame l’arrêt définitif de l’accord, par la voix de son président Patrick Bénézit, et Véronique Le Floc’h, ancienne présidente de la Coordination rurale, dénonce un schéma où « la viande vient du continent américain, comme le pétrole vient des émirats ».