Mardi 4 novembre, le Comité de politique monétaire de la Banque centrale du Brésil, le Copom, décide du sort de la Selic, le taux directeur fixé à 13,75 %. Le marché est partagé : dans le sondage Bloomberg des 27-29 octobre, dix économistes sur dix-huit tablent sur un maintien, huit sur une baisse à 13,50 %. JPMorgan, Itaú et Goldman Sachs attendent une pause. Le dollar a bondi d’environ 9 % face au real dans la semaine qui a suivi la réélection de Luiz Inácio Lula da Silva, et les mesures de campagne, de la revalorisation du Bolsa Família aux transports gratuits le week-end, sont jugées inflationnistes. C’est dans ce décor que travaillent les financiers des deux pays.
Les banques brésiliennes regardent vers l’Europe
Itaú Unibanco, premier groupe bancaire privé d’Amérique latine, a dégagé 8,8 milliards de dollars de bénéfice net en 2025 pour un total de bilan de 559,3 milliards de dollars. Il emploie 92 470 personnes, dont 82 693 au Brésil, et dispose de bureaux à Lisbonne, Londres, Luxembourg et Zurich. BTG Pactual, qui se présente comme la plus grande banque d’investissement d’Amérique latine, a réalisé en 2025 un chiffre d’affaires de 6,3 milliards de dollars et un bénéfice net de 3 milliards, avec plus de 500 milliards de dollars d’actifs en gestion de fortune et gestion d’actifs. Présent en Europe, BTG a surtout accéléré aux États-Unis : en décembre 2025, la Réserve fédérale a approuvé la reprise de la banque new-yorkaise M.Y. Safra, devenue BTG Pactual Bank. Dans l’autre sens, les trois grandes banques françaises, BNP Paribas, Société Générale et Crédit Agricole, opèrent à São Paulo dans la banque de financement et d’investissement, au service des multinationales et des grands groupes brésiliens. Société Générale a annoncé un bénéfice net de 1,9 milliard d’euros au troisième trimestre 2026, en hausse de 24,8 %, pour 21,4 milliards de revenus sur neuf mois.
L’AFD et la BNDES, l’argent public de la transition
L’Agence française de développement (AFD) intervient au Brésil depuis 2007. Avec sa filiale Proparco, son exposition nette atteignait 3,4 milliards d’euros fin 2024, pour plus de 70 projets en cours. Elle a engagé 1,8 milliard d’euros entre 2013 et 2024 auprès du système financier brésilien, banques publiques de développement et banques privées, via l’Association brésilienne de développement (ABDE), qui réunit les banques de développement du pays, et appuie la Banque centrale par l’intermédiaire d’Expertise France. Parmi les dossiers récents : 200,5 millions d’euros pour l’eau et l’assainissement de la compagnie CAGECE, dans le Ceará, sur 2025-2040 ; 150,3 millions pour les infrastructures durables du Nordeste ; 200 millions pour le financement de l’économie bas carbone sur 2024-2027. Quatre cent mille personnes ont obtenu un meilleur accès à l’eau grâce à ces programmes. Côté brésilien, la Banque nationale de développement économique et social (BNDES) reste le grand financeur de l’industrie. En mars 2025, elle a accordé 241,8 millions de reais à Stellantis pour la technologie hybride Bio-Hybrid développée à Betim.
Crédit cher, ménages fragiles
Le Trésor français décrit un système financier sous tension. Le 25 septembre 2026, le gouvernement a lancé Desenrola 3, qui autorise l’État fédéral à racheter d’anciennes créances décotées pour freiner la hausse des défauts de paiement, sans s’attaquer au coût du crédit. La Banque centrale prépare un durcissement des conditions des prêts non garantis face à la dégradation de la solvabilité des ménages. Après la réélection de Lula, l’Ibovespa a perdu 16,6 % en trois séances. Pour un Brésilien travaillant dans la finance à Paris, ces chiffres sont du pain quotidien : les salles de marché françaises cherchent des analystes qui lisent le portugais, et Itaú ou BTG recrutent en Europe des profils qui connaissent les deux systèmes bancaires.