Les chiffres sont têtus. Dans la Chambre des députés qui prendra ses fonctions le 1er février 2027, la base de Lula compte 124 élus sur 513, soit 24 %. L’opposition en aligne 143. Entre les deux, le Centrão pèse 246 sièges, 48 % de l’assemblée, selon le décompte d’O Povo. Au Sénat, la base gouvernementale se limite à 18 sièges sur 81, contre 31 pour l’opposition et 32 pour le centre. Pour faire voter une loi ordinaire, il faut 257 députés et 41 sénateurs. Pour un amendement constitutionnel, 308 et 49.
Le PL, premier parti et pourtant isolé
Le Partido Liberal arrive en tête des deux chambres avec 121 députés et 28 à 29 sénateurs. Il voulait transformer cette force en présidences de la Chambre et du Sénat, dans le scénario d’une victoire de Flávio Bolsonaro. La réélection de Lula a cassé ce plan. Dès le 14 octobre, un bloc du centre réunissant União Brasil, PP, PSD, Republicanos, MDB, PSDB-Cidadania et Podemos, environ 240 députés, avait annoncé son soutien à la réélection de Hugo Motta (Republicanos) à la présidence de la Chambre. Le 27 octobre, la fédération PT-PCdoB-PV et ses 88 députés s’y sont ralliés : 328 voix potentielles, loin au-dessus de la majorité. Motta veut au moins quinze partis derrière lui, selon Gazeta do Povo, afin d’isoler le PL et Novo dans la répartition des postes. Au Sénat, Davi Alcolumbre (União Brasil) revendique 48 voix pour un nouveau mandat et a obtenu le 27 octobre le soutien formel de la fédération União-PP.
Le PL hésite. Pour le Sénat, il mise sur Rogério Marinho (PL-RN), chef de l’opposition, qui réclame un vote à bulletin ouvert. Pour la Chambre, ses députés jugent difficile de mener deux batailles à la fois : le parti pourrait soutenir Motta en échange de postes au bureau et dans les commissions. Le PL devait fixer sa position lors d’une réunion interne le 4 novembre. Le 26 octobre, au lendemain de sa réélection, Lula a reçu Motta et Alcolumbre au palais de l’Alvorada et leur a dit son soutien, selon CNN Brasil et UOL cités par Jornal Grande Bahia.
Le prix du Centrão
Le centre ne vote pas gratuitement. Postes, amendements parlementaires, présidences de commissions : les commissions filtrent les textes avant la séance plénière et pèsent sur la distribution des crédits, rappelle Gazeta do Povo. Pour le gouvernement, empêcher le PL de dominer les commissions est présenté comme vital afin de protéger son agenda économique et social. Gilberto Kassab, président du PSD, a fixé sa condition le 2 novembre : Lula doit adopter un agenda économique tourné vers le centre, selon Poder360. Le marché, qui a fait chuter l’Ibovespa de 18 % en une semaine, dit la même chose avec d’autres mots.
L’arithmétique du Sénat est la plus délicate. Même avec ses 18 sénateurs, Lula doit en convaincre 23 de plus pour atteindre 41. Cinquante sénateurs ont soutenu Flávio Bolsonaro au second tour, un de plus que le seuil des amendements constitutionnels. Le centre droit tient donc la clé de toute réforme à venir, de la fiscalité aux règles budgétaires. Il tient aussi celle de l’agenda anti-STF que réclame une partie de la droite. Érico Firmo, éditorialiste d’O Povo, résume : la gouvernabilité n’a jamais été aussi difficile à atteindre, et ce dernier mandat sera le plus compliqué de tous.
Lula a déjà gouverné avec un Congrès hostile. Jamais avec si peu de députés fidèles et un parti d’opposition aussi massif. Le PL, même privé des présidences, contrôlera les premiers groupes et une part des commissions. Le premier test aura lieu le 1er février 2027, avec l’élection des bureaux des deux chambres. Le second suivra aussitôt : le vote du budget 2027 et des mesures promises pendant la campagne, par un Parlement qui n’a pas été élu pour les voter.