3 novembre 2026

Brésil

Netinho, Benito di Paula, Solano Ribeiro : la musique brésilienne perd trois figures

En dix-huit jours, l'axé a perdu sa voix la plus connue, le samba-joia son pianiste et la MPB le producteur des festivals des années 1960. Trois trajectoires qui racontent un demi-siècle d'industrie musicale.

Photo : Pixabay / ClickerHappy

Salvador, mardi 13 octobre 2026. L’hôpital Aliança Star annonce la mort d’Ernesto de Souza Andrade Júnior, 60 ans. Le Brésil le connaissait sous le nom de Netinho. Né le 12 juillet 1966 à Santo Antônio de Jesus, dans le Recôncavo bahianais, il avait débuté en 1988 au micro de la Banda Beijo sur le circuit du carnaval. Le titre Beijo na Boca avait fait connaître le groupe dans tout le pays, avant Milla, Fim de Semana et Menina. Un lymphome non hodgkinien diagnostiqué en 2025 est revenu, puis une insuffisance rénale et une défaillance multiviscérale l’ont emporté, selon son service de presse. À sa demande, veillée et crémation se sont déroulées dans l’intimité.

Cinq jours plus tard, dimanche 18 octobre, l’hôpital 9 de Julho de São Paulo confirme le décès de Benito di Paula, 84 ans, traité pour un cancer depuis environ un an. Né Uday Vellozo à Nova Friburgo, dans l’État de Rio, le chanteur et pianiste avait imposé dans les années 1970 et 1980 un mélange de samba et de ballade romantique que la critique a baptisé samba-joia, souvent avec condescendance, et que le public a acheté par millions. Retalhos de Cetim, Charlie Brown, Se Não For Amor, Vai Ficar na Saudade : des chansons que les Brésiliens de France entendent encore dans les mariages et les churrascos de la diaspora.

L’homme qui a inventé les festivals

Le 31 octobre, à l’aube, Solano Ribeiro de Faria s’éteint à 87 ans dans une clinique de São Paulo, en soins palliatifs après trois cancers. Son nom dit peu au grand public ; son oeuvre, tout. Ancien élève d’art dramatique, membre du groupe de rock The Avalons à la fin des années 1950, passé par le Teatro de Arena, il prend en 1963 la coordination des programmes de TV Excelsior. En 1965, il conçoit le premier Festival de Música Popular Brasileira. La chanson lauréate, Arrastão, d’Edu Lobo et Vinicius de Moraes, est chantée par une interprète de 20 ans encore peu connue, Elis Regina. Les festivals qu’il produit ensuite pour Excelsior, Record, Globo et Tupi lancent Chico Buarque, Nara Leão, Geraldo Vandré, Jair Rodrigues et Martinho da Vila. À la Globo, il produira Som Livre Exportação, présenté par Elis Regina et Ivan Lins. Depuis 2006, son émission hebdomadaire sur Rádio Cultura Brasil, deux fois primée par l’APCA, cherchait encore de nouveaux talents. La radio a salué un grand nom de l’histoire de la MPB.

Trois modèles économiques

Ces trois carrières décrivent trois façons de vendre de la musique au Brésil. Solano Ribeiro a compris le premier que la télévision pouvait fabriquer des stars en direct, à une époque où elle n’entrait encore que dans une minorité de foyers. Benito di Paula a incarné l’âge d’or du disque : un répertoire populaire, boudé par les critiques, porté par la radio et les tourne-disques des classes moyennes émergentes. Netinho appartient à la génération de l’axé, née dans les années 1980 à Salvador, qui a transformé le carnaval de Bahia en industrie : trios électriques, blocos payants, tournées d’été, droits de diffusion. L’axé a imposé Salvador comme un pôle musical capable de rivaliser avec Rio et São Paulo.

Le mois d’octobre a aussi vu partir, le 31, la figure du funk carioca Mulher Banana, ex-membre de la Furacão 2000, et s’annoncer, le 14, les finalistes du 68e prix Jabuti, avec Milton Hatoum, Itamar Vieira Junior et Adélia Prado en lice pour une cérémonie le 27 octobre à la Sala São Paulo. La culture brésilienne enterre ses anciens et couronne ses vivants la même semaine. À Paris, où la Maison du Brésil accueille chaque mars le Festival international de Choro, les disques de Benito di Paula ressortiront sans doute des cartons avant la fin de l’année.