3 novembre 2026

Brésil

Petrobras sous Lula IV : production record, découverte au large et prix sous surveillance

La compagnie a annoncé un record de production et une troisième découverte au large de l'Amapá la semaine même de la réélection. Pour le Trésor comme pour les actionnaires, la question est désormais celle des prix et des dividendes.

Photo : Pixabay / keridjackson

Le 28 octobre, Petrobras a annoncé un record de production propre : 3,512 millions de barils équivalent pétrole par jour au troisième trimestre 2026, en hausse de 11,7 % sur un an. Le pré-sal en fournit 2,96 millions, soit 84 %. Le lendemain, la compagnie confirmait une troisième découverte sur le puits Morpho, au large de l’Amapá, par 2 886 mètres de profondeur d’eau. Deux semaines plus tôt, le 15 octobre, sa capitalisation avait franchi 800 milliards de reais, un sommet historique à la B3. Puis Lula a été réélu, et l’Ibovespa a perdu 18 % en une semaine.

La machine tourne à plein

Les chiffres opérationnels sont les meilleurs de l’histoire du groupe. Les raffineries fonctionnent à 99 % de leur capacité, cinq points de plus qu’un an auparavant. La production de diesel atteint un record trimestriel de 769 000 barils par jour. Les exportations de brut et de dérivés culminent à 1,251 million de barils par jour. Les plateformes P-80 et P-82 ont quitté Singapour pour le champ de Búzios, où elles démarreront en 2027 avec 225 000 barils par jour de capacité chacune. Selon InvestNews, la production nationale doit continuer de croître jusqu’en 2031-2032, vers 4,2 millions de barils par jour, avant que le pré-sal n’entame son déclin. D’où l’enjeu de la marge équatoriale : le bassin de Foz do Amazonas pourrait receler de 6,2 à 10 milliards de barils équivalent pétrole, et une production commerciale prendrait cinq à sept ans, selon Gazeta do Povo. La présidente de Petrobras, Magda Chambriard, avait prévenu en août : « Il y a une découverte, mais pas une découverte commerciale. »

Ce que l’État encaisse

Pour les comptes publics, le pétrole est une rente. En 2025, l’État a perçu 17,6 milliards de reais de dividendes de Petrobras, plus de 31 milliards via Pré-Sal Petróleo (PPSA) et 100 milliards de redevances, soit environ 5 % des recettes fédérales, selon InvestNews. Entre 2022 et 2025, le pétrole a pesé 6,4 % des recettes fédérales, contre 3 % dans les années 2000. Un gouvernement qui, selon l’Institution fiscale indépendante, devrait geler 35,7 milliards de reais pour tenir sa cible regardera ces flux de près. Le risque pour les actionnaires minoritaires est connu : qu’on leur demande de financer la politique sociale par des dividendes réduits ou des prix de carburants contenus.

Le souvenir de 2022

Les investisseurs n’ont pas oublié. En 2022, ils avaient vendu Petrobras par crainte d’une intervention sur les prix des carburants et les dividendes au retour de Lula. Le premier actionnaire privé du groupe, GQG Partners, avait fait le pari inverse et renforcé sa position. Son cofondateur Rajiv Jain persiste : Petrobras « est encore bon marché » et offre un rendement élevé, a-t-il déclaré à Bloomberg le 27 octobre, estimant que les investisseurs exagèrent les conséquences des changements politiques pour une entreprise de cette taille. Le titre a rapporté plus de 285 % en dollars depuis 2022, dividendes inclus.

Sur les prix, la compagnie applique une formule contractuelle qui lisse les variations internationales. Le 1er novembre, elle a relevé le kérosène d’aviation de 7,2 % en invoquant les tensions au Moyen-Orient et la guerre entre la Russie et l’Ukraine. Pour le diesel et l’essence, la question devient politique : avec un dollar à 5,44 reais et un baril volatil, tenir les prix à la pompe aurait un coût direct pour les actionnaires et indirect pour le Trésor. Les partisans d’une Petrobras tournée vers le marché intérieur y voient un instrument contre l’inflation. Les maisons d’analyse citées par InvestNews rangent au contraire le titre parmi les valeurs à privilégier dans la tempête, pour ses revenus en dollars. Les deux lectures ne tiendront pas ensemble longtemps.