6 novembre 2026

Économie franco-brésilienne

Pré-sal, éoliennes, haute tension : les énergéticiens français misent sur le Brésil

TotalEnergies produit environ 200 000 barils par jour au large du Brésil et monte à 49 % de Casa dos Ventos. Engie y a investi 6 milliards de reais en 2025. EDF, lui, a vendu sa centrale à gaz pour se recentrer.

Photo : Pixabay / ambquinn

Au large de l’État de Rio de Janeiro, le FPSO Alexandre de Gusmão pompe depuis mai 2025 jusqu’à 180 000 barils par jour. Ce navire-usine, raccordé à douze puits, est le quatrième du champ de Mero, dans le pré-sal du bassin de Santos. Avec cinq unités, Mero peut produire 770 000 barils par jour. Petrobras en est l’opérateur avec 38,6 %. TotalEnergies détient 19,3 %, comme Shell, aux côtés des chinois CNOOC et CNPC (9,65 % chacun) et de l’entreprise publique PPSA (3,5 %). Nicolas Terraz, président de l’exploration-production de TotalEnergies, a parlé d’une « étape majeure pour TotalEnergies au Brésil ».

TotalEnergies, du pétrole au vent

Le groupe français produit environ 200 000 barils par jour au Brésil à partir de neuf FPSO, après une moyenne de 153 000 barils équivalent pétrole en 2024. Le projet Lapa Sudoeste, un raccordement de trois puits sur quinze kilomètres, doit ajouter 25 000 barils par jour. Olivier Bahabanian, directeur général de TotalEnergies au Brésil, expliquait en novembre 2025 à BNamericas que le groupe n’avait pas enchéri aux derniers appels d’offres, faute d’opportunités correspondant à ses critères, mais qu’il voyait encore beaucoup à découvrir autour de ses installations existantes. La diversification passe par les renouvelables. En octobre 2022, TotalEnergies s’est associé à Casa dos Ventos, pionnier brésilien de l’éolien, autour d’un portefeuille de 12 gigawatts de projets éoliens, solaires et de stockage, en prenant 34 % pour environ 4,2 milliards de reais. Le 31 août 2026, le groupe a exercé son option pour passer à 49 %, le fonds Salus, lié à la famille Araripe, conservant 51 %. L’opération, qui transfère aussi à Casa dos Ventos les sociétés renouvelables de TotalEnergies au Brésil, attend l’aval de l’autorité de la concurrence, le CADE. En février 2026, Petrobras a par ailleurs rejoint TotalEnergies en Namibie, en prenant 42,5 % du bloc 2613, opéré par le groupe français. Magda Chambriard, présidente de Petrobras, a justifié ce choix par la planification à moyen et long terme de la compagnie.

Engie, premier producteur privé

Engie Brasil Energia, cotée à São Paulo, a investi 6 milliards de reais en 2025 et porté sa capacité installée à 12,4 gigawatts. Le complexe éolien d’Assuruá, dans l’État de Bahia, compte 846 mégawatts ; le parc solaire d’Assú Sol, dans le Rio Grande do Norte, 753 mégawatts. Le groupe exploite 3 200 kilomètres de lignes de transmission, un métier devenu central pour acheminer l’électricité du Nordeste vers les centres de consommation du Sud-Est. Son directeur général, Eduardo Sattamini, a décrit 2025 comme un cycle d’investissements dans des actifs de grande taille. Au troisième trimestre 2025, Engie Brasil Energia a dégagé un bénéfice net ajusté de 731 millions de reais. C’est aussi le président du conseil d’Engie, Jean-Pierre Clamadieu, qui a transmis en juin 2025 l’estimation de 100 milliards de reais d’investissements français au Brésil sur cinq ans.

EDF se recentre

EDF a pris le chemin inverse. Le 16 mars 2026, le groupe a finalisé la vente de sa centrale à cycle combiné gaz de Norte Fluminense, à Macaé, à Âmbar Energia, pour 1,4 milliard de reais, soit environ 230 millions d’euros. Mise en service en 2004, la centrale de 827 mégawatts avait été exploitée pendant vingt ans par EDF. Avant la cession, EDF power solutions revendiquait 2,7 gigawatts au Brésil, répartis entre gaz, hydraulique, éolien et solaire, et une activité dans la transmission. Le pays, lui, exporte de plus en plus de brut : d’après le Trésor français, les ventes de pétrole brésilien ont approché un record mensuel en septembre 2026, avec plus de 5 milliards d’euros. Pour les ingénieurs et techniciens brésiliens formés en France, l’énergie reste le secteur où les deux pays recrutent le plus volontiers des profils capables de passer de Paris à Rio sans perdre le fil.