3 novembre 2026

France

PIB en recul de 0,1 % au troisième trimestre : la France frôle la récession

L'Insee a publié vendredi une première estimation négative pour l'été 2026, après une stagnation au printemps. Le gouvernement maintient un objectif annuel de 0,5 % que presque plus personne ne juge atteignable.

Photo : Pixabay / CJMM

Moins 0,1 %. Le chiffre publié vendredi 30 octobre par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a surpris les économistes, qui attendaient une légère hausse de 0,1 %. Après un recul de 0,2 % au premier trimestre et une stagnation au deuxième, l’économie française a de nouveau reculé entre juillet et septembre. La récession technique, définie par deux trimestres consécutifs de baisse, est évitée de peu. Mais la tendance est claire : trois trimestres sans croissance.

Les exportations décrochent

Le commerce extérieur explique l’essentiel de la contre-performance. Les exportations ont chuté de 1,7 %, après une hausse de 2,8 % au printemps. Les matériels de transport, aéronautique en tête, reculent de 9,1 %. Les produits agricoles perdent 7 %, conséquence des faibles récoltes de l’été. Au total, les échanges extérieurs retirent 0,6 point à la croissance. L’investissement poursuit sa baisse (-0,6 %), tiré vers le bas par les ménages (-1,3 %) et les entreprises (-0,4 %). La production manufacturière plonge de 1,4 %. Seule la consommation des ménages tient, avec une progression de 0,4 %, et les stocks apportent une contribution positive de 0,4 point.

Le ministre de l’Économie et des Finances, Roland Lescure, a reconnu sur France Info que « l’économie française est à l’arrêt » et que « ça fait trois trimestres que la croissance n’est pas au rendez-vous ». Chez Rexecode, l’économiste Anthony Morlet-Lavidalie va plus loin sur BFM Business : « On est en début de récession ». Pour Philippe Crevel, directeur du Cercle de l’Épargne, le pays n’est pas en récession au sens technique « mais il est en réelle stagnation ».

Un objectif de 0,5 % hors de portée

L’acquis de croissance à fin septembre s’établit à 0,2 %. Pour atteindre la prévision gouvernementale de 0,5 % sur l’année, il faudrait un bond de 0,9 % au quatrième trimestre, a calculé Marie Leclair, cheffe du département des comptes nationaux à l’Insee. Personne n’y croit. L’Insee et la Banque de France tablent sur 0,4 %, ce qui supposerait déjà 0,5 % de hausse d’ici décembre. Dans le même temps, l’inflation est remontée à 3,4 % sur un an en octobre, son plus haut niveau depuis janvier 2024, alimentée par la guerre au Moyen-Orient. La confiance des ménages est tombée à son plus bas depuis treize ans. L’Allemagne (+0,2 %) et surtout l’Espagne (+0,6 %) font mieux sur le même trimestre.

Le problème est structurel. La dépense publique n’a pas empêché le décrochage et la fiscalité, déjà parmi les plus lourdes d’Europe, pèse sur l’investissement privé. Le gouvernement vise un déficit de 5 % du PIB en 2027, après 5,4 % attendus en 2026. Maxime Darmet, économiste chez Allianz Trade, ne voit pas le déficit reculer si la croissance reste aussi faible. Les taux français à dix ans sont à leur plus haut depuis vingt ans.

Ce que cela change pour les Brésiliens de France

Une économie à l’arrêt, c’est d’abord moins d’embauches. Les secteurs qui emploient beaucoup de travailleurs brésiliens, le bâtiment (-0,4 % de production) et l’industrie manufacturière, sont justement ceux qui reculent. Les services aux ménages (+0,6 %) et les transports (+0,5 %) résistent mieux. L’inflation à 3,4 % rogne les salaires réels et alourdit le coût de la vie, au moment où le real a perdu environ 9 % face au dollar la semaine suivant la réélection de Lula. Enfin, un budget 2027 contraint signifie des hausses d’impôts possibles et moins d’aides au logement. Les six mois qui précèdent la présidentielle s’annoncent longs.