Juillet 2019, nord-ouest du Mato Grosso. Un chauffeur poste sur Facebook la photo de son camion aux couleurs de JBS devant le panneau de la Fazenda Estrela do Aripuanã. Il fait partie d’un convoi de cinq camions, environ 250 bovins. La ferme a été condamnée à 2,2 millions de reais d’amende pour déforestation et 1 455 hectares y sont sous embargo de l’Ibama, l’agence environnementale brésilienne, qui y interdit le pâturage. C’est le point de départ de l’enquête publiée le 28 juillet 2020 par le Bureau of Investigative Journalism et Repórter Brasil, reprise en France par Disclose.
Le « blanchiment de bétail »
Les journalistes ont reconstitué le circuit grâce aux guides de transit animal. Au moins 7 000 bêtes ont quitté Aripuanã pour la Fazenda Estrela do Sangue, à 300 kilomètres, entre juin 2018 et août 2019. Cette seconde ferme, sans embargo, a envoyé environ 7 000 bovins aux abattoirs JBS entre novembre 2018 et novembre 2019. L’abattoir n’enregistre que le fournisseur direct : l’animal passé par une ferme illégale apparaît propre. JBS a répondu que la ferme de collecte n’était pas située en zone sous embargo, que le groupe n’achète pas de bétail à des fermes en infraction et qu’il applique une approche sans équivoque de zéro déforestation. Sur la même période, JBS a exporté plus de 46 500 tonnes de bœuf vers l’Europe continentale et 11 500 tonnes vers le Royaume-Uni, selon la même enquête.
Le 10 novembre 2022, Repórter Brasil, Greenpeace Brasil et Unearthed établissent que JBS a acheté 8 785 têtes de bétail à trois fermes du Rondônia liées à Chaules Volban Pozzebon, présenté comme le plus grand déforesteur du pays et condamné à 99 ans de prison pour extraction illégale de bois. JBS a reconnu les faits, accusé le groupe vendeur de mauvaise foi et dénoncé la complicité de salariés de Friboi, qu’il dit avoir licenciés. Le groupe a précisé que ces trois usines n’exportaient pas vers l’Europe. Le 17 avril 2025, le Guardian, Repórter Brasil et Unearthed concluent que JBS ne tiendra pas sa promesse d’éliminer la déforestation de sa chaîne d’approvisionnement amazonienne fin 2025. Le 25 septembre 2025, Greenpeace Brasil documente du bétail élevé illégalement près du territoire indigène Naruvôtu, passé par une ferme qui fournissait deux abattoirs JBS autorisés à exporter vers l’Union européenne.
Jusqu’aux rayons européens
Le 16 décembre 2021, après un rapport de Repórter Brasil et Mighty Earth visant JBS, Marfrig et Minerva, Carrefour Belgique et Auchan France retirent un produit Jack Link’s, une viande séchée fabriquée en partie au Brésil avec JBS. Albert Heijn annonce la sortie progressive du bœuf brésilien. Sainsbury’s change l’origine de son corned-beef. Auchan précise ne pas acheter de bœuf brésilien pour ses marques propres. En 2025, la France a importé environ 1 500 à 1 800 tonnes de bœuf brésilien, selon Sud Radio et Que Choisir. Peu, à l’échelle des 260 000 tonnes importées. Assez pour que la question de la traçabilité se pose à chaque étiquette.