6 novembre 2026

Économie franco-brésilienne

Carrefour double la mise sur l’Atacadão, Casino lâche GPA : le commerce français au Brésil

Carrefour a retiré sa filiale brésilienne de la Bourse et vise 20 % du marché d'ici 2030, avec 70 nouveaux Atacadão. Casino, devenu Plesio, s'est désengagé de GPA, aujourd'hui en restructuration de dette.

Photo : Pixabay / Alexas_Fotos

Vingt pour cent du marché brésilien. C’est l’objectif que Carrefour s’est fixé pour 2030 dans le plan stratégique présenté le 18 février 2026 par son président-directeur général, Alexandre Bompard, un plan qu’il décrit, selon Reuters, comme radicalement axé sur la croissance et l’amélioration de la rentabilité. Le Brésil en est la pièce maîtresse. Le groupe prévoit d’ouvrir 70 magasins Atacadão supplémentaires pour atteindre 455 unités, de doubler le volume d’affaires en ligne de l’enseigne de gros et de lancer d’ici 2028 la marque propre Bulnez, avec 500 références. Les investissements du groupe, de 1,8 milliard d’euros en 2026 et environ 2 milliards par an à l’horizon 2030, iront en priorité au Brésil, à l’intelligence artificielle et aux données.

Un demi-siècle et une sortie de Bourse

Carrefour a racheté l’Atacadão en 2007 pour 2,2 milliards de reais, quand l’enseigne comptait 34 magasins. C’est devenu le premier opérateur brésilien du « cash and carry », ce format d’entrepôt-magasin où particuliers et commerçants achètent en gros. En 2021, Carrefour a repris le Grupo BIG, ex-Walmart Brasil, pour 7,5 milliards de reais, une opération bouclée en juin 2022 qui a fait de lui le premier employeur privé du pays. La rationalisation a suivi : le parc est passé de 1 203 magasins fin 2022 à 1 000 en mars 2025, dernier chiffre détaillé avant que Carrefour ne rachète les minoritaires et ne retire la filiale de la Bourse de São Paulo, en 2025. Cent vingt-trois magasins ont été fermés définitivement. La filiale brésilienne ne publie plus de comptes séparés, mais le plan 2030 dit l’essentiel : le groupe français refinance sa dette et concentre ses moyens sur l’Atacadão.

Casino devient Plesio et laisse GPA

Le contraste avec Casino est saisissant. Le groupe stéphanois, qui contrôlait le Grupo Pão de Açúcar (GPA) depuis les années 2000, a été repris en avril 2024 par le consortium emmené par Daniel Kretinsky après la plus importante restructuration de dette jamais négociée en France. Pour survivre, il a vendu ses actifs latino-américains : 18,8 % puis 11,7 % d’Assaí, pour 723 et 403 millions d’euros, 34 % du colombien Éxito pour 400 millions d’euros en janvier 2024, et une partie de GPA, ramenant sa participation à 22,5 % en 2024. Le 20 octobre 2026, Casino a annoncé qu’il changeait de nom pour devenir Plesio, du grec « proximité ». GPA, de son côté, traverse une crise de dette. Le 7 octobre 2026, la justice de São Paulo a homologué son plan de redressement extrajudiciaire, qui porte sur 4,568 milliards de reais de créances chirographaires et a recueilli l’adhésion de 57,49 % des créanciers concernés. Environ 2 milliards de reais seront remboursés jusqu’en 2036 et 1,1 milliard pourra être converti en actions. GPA assure que ses opérations continuent normalement.

Les autres enseignes tiennent leur rang

D’autres marques françaises avancent sans bruit. Leroy Merlin Brasil exploite 60 magasins dans onze États et le District fédéral, avec plus de 100 000 références. L’Oréal, présent depuis 1959, emploie 3 000 personnes, commercialise 20 marques et a installé au Brésil son seul centre de recherche et d’innovation d’Amérique latine, sur ce que le groupe décrit comme le quatrième marché mondial de la beauté. Decathlon, Louis Vuitton ou Sephora ont leurs adresses à São Paulo. Pour les Brésiliens de France, ces enseignes sont aussi des employeurs qui apprécient les vendeurs, chefs de rayon et acheteurs bilingues, capables de dialoguer avec les sièges de Massy, Lille ou Clichy.