4 novembre 2026

Économie franco-brésilienne

Renault s’allie à Geely, Stellantis embauche à Betim : l’auto française bouge au Brésil

Renault a ouvert son usine du Paraná au chinois Geely, avec 3,8 milliards de reais à la clé. Stellantis détaille un plan de 30 milliards et 2 000 embauches. Michelin ferme Guarulhos mais garde sept usines.

Photo : Pixabay / PIRO4D

Le 17 novembre 2025, au complexe Ayrton Senna de São José dos Pinhais, près de Curitiba, Renault a présenté l’accord qui change la donne de sa présence brésilienne. Le constructeur chinois Geely, entré quelques mois plus tôt au capital de Renault do Brasil à hauteur de 26,4 %, va utiliser l’usine du Paraná pour assembler ses véhicules et les écouler par le réseau de concessionnaires Renault. Les deux partenaires investissent 3,8 milliards de reais pour installer de nouvelles plateformes. La plateforme GEA de Geely servira à deux modèles attendus au second semestre 2026, le renouvellement d’un véhicule Renault est prévu à la même période, et une plateforme entièrement électrique accueillera un nouveau modèle Renault en 2027. Fabrice Cambolive, directeur général de la marque Renault, a parlé d’une coopération stratégique sur un marché à fort potentiel, et non d’une simple joint-venture.

Le Paraná, base d’exportation

L’usine n’attendait pas Geely pour tourner. Le 6 octobre 2025, Renault y a lancé la production mondiale du SUV Boreal, révélé en juillet 2025 et destiné à dix-sept pays d’Amérique latine. Son développement et son industrialisation ont coûté 2 milliards de reais, sur les 5,1 milliards engagés par Renault au Brésil entre 2021 et 2025. Le Boreal rejoint le Kardian, autre modèle conçu pour les marchés hors Europe et fabriqué sur le même site. Le Forum économique mondial a classé l’usine parmi ses « phares » de la quatrième révolution industrielle, et elle est autosuffisante en énergie solaire. Au premier semestre 2025, le Brésil était le septième marché du groupe Renault avec environ 60 800 ventes, en hausse de 8,8 %. Sur l’ensemble de 2025, le groupe a vendu 2,34 millions de véhicules dans le monde, en progression de 3,2 %, tirés par les marchés internationaux (+11,7 %) alors que l’Europe stagnait.

Stellantis, 35 000 salariés et un troisième tour à Betim

Stellantis reste le premier constructeur du pays. Le 22 juillet 2026, son directeur général Antonio Filosa a détaillé au palais du Planalto, devant Luiz Inácio Lula da Silva, l’exécution du plan de 30 milliards de reais annoncé en mars 2024 pour la période 2025-2030. Le groupe emploie environ 35 000 personnes au Brésil et annonce 2 000 embauches directes : 1 500 à Betim, dans le Minas Gerais, berceau de Fiat, où une troisième équipe de production est ajoutée, et 500 à Porto Real, dans l’État de Rio, où une seconde équipe produira le Jeep Avenger. Quelque 20 000 emplois indirects sont attendus chez les fournisseurs. Le plan mise sur l’hybride adapté au Brésil, combinant moteur électrique et moteur flex essence-éthanol. La technologie Bio-Hybrid développée à Betim a reçu en mars 2025 un financement de 241,8 millions de reais de la BNDES. L’usine de Porto Real, héritée de Peugeot et Citroën, doit recevoir 3 milliards de reais d’ici 2030.

Michelin ferme une usine, pas le marché

Michelin a annoncé le 27 juin 2025 l’arrêt de son site de Guarulhos, dans la banlieue de São Paulo, d’ici la fin de l’année, pour environ 350 salariés. L’usine fabriquait des chambres à air et des pneus industriels, concurrencés par des importations asiatiques vendues moins cher que le coût de production local. Le groupe conserve ses sept autres usines brésiliennes, dont Resende dans l’État de Rio, Campo Grande dans le Mato Grosso do Sul et Manaus, et pousse ses pneus agricoles : son segment Beyond Road a généré près de 6 milliards d’euros en 2024, et le Brésil est son principal moteur de croissance en Amérique du Sud, selon Pedro Fernandes, directeur commercial du segment pour la région. Pour un Brésilien formé en France, Curitiba, Betim et Porto Real recrutent des ingénieurs et des cadres qui connaissent les méthodes des maisons mères françaises.