Le 13 mars 2026, Embraer a publié les meilleurs comptes de son histoire. Le constructeur de São José dos Campos a réalisé un chiffre d’affaires de 41,9 milliards de reais en 2025, en hausse de 18 %, et livré 244 appareils : 78 avions commerciaux, 155 jets d’affaires et 11 avions militaires. Son carnet de commandes atteint 31,6 milliards de dollars, un record. Pour 2026, le groupe vise 80 à 85 livraisons commerciales et 160 à 170 jets d’affaires, pour un chiffre d’affaires compris entre 8,2 et 8,5 milliards de dollars, en intégrant des droits de douane américains de 10 %.
Des pièces françaises dans chaque Embraer
Derrière ces chiffres, une chaîne de fournisseurs où la France pèse lourd. Safran compte plus de 750 salariés au Brésil, répartis sur quatre sites, et sept sociétés du groupe équipent les avions d’Embraer : inverseurs de poussée, enregistreurs de vol, systèmes de ventilation, câblage. Pour l’avion de transport militaire KC-390, Safran fournit six ensembles de systèmes et d’équipements. Liebherr-Aerospace Toulouse, centre d’excellence du groupe pour les systèmes d’air, conçoit et fabrique le système d’air intégré des E-Jets E2, la famille de monocouloirs régionaux d’Embraer, et dispose d’une usine à Guaratinguetá, dans l’État de São Paulo. Thales s’est associé dès 2022 à Eve Air Mobility, la filiale d’Embraer dédiée aux taxis volants électriques. En juillet 2026, Safran Electronics & Defense a annoncé que son système de navigation inertielle SkyNaute équiperait cet eVTOL, à raison de deux unités par appareil. Le prototype grandeur réelle d’Eve a bouclé sa phase de vol stationnaire sur le site d’essais de Gavião Peixoto, avec près de deux heures et demie de vol.
Itajubá cherche un second souffle
Dans le sens inverse, Airbus est l’un des grands industriels français du Brésil. Sa filiale Helibras, installée à Itajubá, dans le Minas Gerais, a livré plus de 850 hélicoptères dans le pays. Elle a assemblé les H225M commandés par les forces armées dans le cadre de l’accord stratégique de 2008. Ce cycle s’achève : la production s’arrête après 47 appareils, le dernier étant en cours d’assemblage pour la Força Aérea Brasileira. L’usine assemble aussi les 27 H125 commandés en septembre 2022 pour la formation des pilotes de l’armée de l’air et de la marine. Le 3 juillet 2025, le Brésil et la France ont signé une lettre d’intention pour produire à Itajubá l’hélicoptère H145, civil et militaire. Le ministère brésilien du Développement, de l’Industrie et du Commerce évoque un investissement d’environ 1 milliard de reais et quelque 200 appareils sur quinze ans, pour le marché intérieur et l’exportation. La fabrication de faisceaux électriques doit débuter en 2027. Rien n’est encore contractualisé : Helibras estime qu’il lui faut une demande minimale de 50 H145 pour rentabiliser une ligne brésilienne, et le besoin de l’armée de terre, pour remplacer ses Fennec, est passé à une vingtaine d’appareils. Les moteurs de ces hélicoptères viennent de Safran Helicopter Engines, qui entretient les Arriel et les Makila depuis son centre de Xerém, près de Rio, ouvert en 2002. Un hélicoptère sur deux au Brésil vole avec un moteur Safran.
Airbus gagne du terrain chez les compagnies
Côté avions de ligne, LATAM a annoncé le 6 juillet 2026 l’arrivée de 40 appareils supplémentaires, dont 7 A320neo et 4 A321neo dans un premier lot. Neuf de ces 40 avions voleront au Brésil, et le groupe attend son premier A321XLR en 2027. LATAM prévoit de terminer 2026 avec 410 appareils. Pour les jeunes Brésiliens formés en France, ingénieurs ou techniciens, cette filière offre des passerelles concrètes : Toulouse, Bordeaux et Paris d’un côté, São José dos Campos et Itajubá de l’autre parlent le même langage industriel.