5 novembre 2026

Brésil

Fin de la semaine 6×1 : promesse sociale ou choc de coûts pour les PME brésiliennes ?

Promulgué le 16 octobre, l'amendement ramène la semaine de travail de 44 à 40 heures avec deux jours de repos. La CNI chiffre le surcoût à 267 milliards de reais. Les petits commerces se préparent à embaucher ou à augmenter leurs prix.

Photo : Pixabay / protowink

Vendredi 16 octobre, Davi Alcolumbre a promulgué l’amendement constitutionnel issu de la PEC 221/2019. Le texte, adopté par le Sénat le 14 octobre par 75 voix contre 1 à chacun des deux tours de scrutin, met fin à la semaine de travail dite 6×1, six jours travaillés pour un jour de repos. Il garantit deux jours de repos hebdomadaires payés et ramène la durée maximale de 44 à 40 heures, sans baisse de salaire, avec un délai de mise en œuvre de 14 mois. Lula en a fait l’un des symboles de sa campagne. Aucune sanction présidentielle n’était nécessaire.

22 millions de salariés concernés

Le Dieese, institut lié aux syndicats, estime qu’environ 22 millions de salariés formels, 54 % du total, peuvent en bénéficier. S’y ajoutent 4,8 millions de travailleurs informels qui dépassent 40 heures par semaine. L’Ipea, organisme public de recherche, calcule une hausse moyenne de 7,84 % du coût de l’heure travaillée et juge l’économie capable de l’absorber, en rappelant que la Constitution de 1988 avait déjà réduit la durée du travail. Le marché du travail part d’un point haut : le taux de chômage est tombé à 5,2 % au troisième trimestre 2026, son niveau le plus bas pour un troisième trimestre en quatorze ans, selon l’IBGE. Le même institut compte 4,3 millions de sous-employés qui voudraient travailler davantage et 2,5 millions de découragés qui ont cessé de chercher.

Les patrons chiffrent la facture

La Confédération nationale de l’industrie (CNI) évalue le surcoût de production jusqu’à 267,2 milliards de reais et projette un recul de 0,7 % du PIB, soit 76,9 milliards. Son directeur général Ricardo Alban parle de recul et demande au Congrès de revenir sur le sujet. La CBIC, qui représente le bâtiment, calcule qu’il faudrait embaucher 288 000 ouvriers supplémentaires pour tenir les chantiers. Une étude du cabinet Warren Rena, citée par BPMoney, ajoute 0,38 à 0,42 point à l’inflation, de quoi porter l’IPCA sur douze mois vers 5 %. Cette estimation exclut tout gain de productivité.

Les petites entreprises sont en première ligne. Boulangeries, pizzerias, magasins de matériaux : les commerces ouverts sept jours sur sept devront embaucher pour couvrir les jours de repos. Des patrons interrogés par Gazeta do Povo projettent une hausse de la masse salariale allant jusqu’à 12,5 % et annoncent qu’ils répercuteront la totalité sur les prix. La CNI enregistre déjà la pire situation financière des petites industries depuis cinq ans, avec un indice de santé financière à 38,5 points sur 100 au troisième trimestre. Son analyste Julia Dias décrit un accès au crédit encore très restrictif à cause des taux d’intérêt. Alfredo Cotait Neto, président de l’Association commerciale de São Paulo, regrette qu’un dialogue sur les impacts sectoriels n’ait pas eu lieu. La CNC, qui représente le commerce et les services, voulait des aménagements par branche négociés en convention collective.

Ce qui reste à écrire

L’amendement renvoie à une loi complémentaire les règles de transition pour les micro-entrepreneurs et les micro et petites entreprises, à condition de préserver les emplois existants. C’est là que se jouera l’arbitrage. Les défenseurs de la réforme soulignent que les études patronales ignorent les gains de productivité et une éventuelle baisse des taux. Les économistes libéraux répondent qu’un coût du travail inscrit dans la Constitution ne se négocie plus, et que les PME n’ont ni la trésorerie ni le crédit pour l’absorber. Le gouvernement a obtenu sa victoire politique avant l’élection. La facture arrivera après : les quatorze mois de transition expirent en décembre 2027, au cœur du quatrième mandat.