4 novembre 2026

Brésil

Lula réélu avec 51,74 % : anatomie d’une victoire étroite bâtie sur le Nordeste

Le président sortant l'emporte dans 13 États et perd partout ailleurs. Le Nordeste, le Minas Gerais et un recul de l'abstention expliquent un quatrième mandat gagné de justesse.

Photo : Pixabay / planet_fox

13,7 millions de voix. C’est l’avance que Luiz Inácio Lula da Silva a creusée dans les neuf États du Nordeste le 25 octobre, selon les chiffres du Tribunal Superior Eleitoral compilés par Bloomberg Línea. Partout ailleurs, Flávio Bolsonaro a fait mieux que lui, avec un gain net de 9,3 millions de voix. La différence entre ces deux nombres explique à elle seule la réélection du président pour un quatrième mandat, avec 51,74 % des suffrages valides contre 48,25 %, soit plus de 62 millions de voix et un écart supérieur à 4 millions.

Deux pays sur une même carte

Lula l’emporte dans 13 États : les neuf du Nordeste, trois du Nord (Pará, Amazonas, Amapá) et le Minas Gerais. Flávio Bolsonaro gagne 13 États et le District fédéral. Il écrase le Sud (62,58 % dans le Paraná, 69,42 % dans le Santa Catarina), le Centre-Ouest agricole (66,06 % dans le Mato Grosso) et s’impose à São Paulo avec 53,85 %, soit environ 2 millions de voix d’avance dans le premier électorat du pays. Lula répond avec 71,31 % dans la Bahia et 75,88 % dans le Piauí. La Bahia lui apporte à elle seule 3,9 millions de voix d’avance, presque autant que les trois États du Sud réunis n’en donnent à son adversaire (4,6 millions).

Le Minas Gerais a tranché. Lula y obtient 50,43 % contre 49,57 %, un écart de 109 000 voix. L’État confirme sa réputation : depuis le retour de la démocratie, le candidat qui gagne le Minas gagne la présidence. Dans le Nord, la partition est totale. Sur l’ensemble de la région, 1 079 voix séparent les deux camps.

L’abstention a reculé, surtout là où Lula est fort

Le premier tour du 4 octobre avait placé Flávio Bolsonaro en tête, avec une abstention record de 21,08 %. Au second tour, elle tombe à 19,22 %, le niveau le plus bas depuis vingt ans. Près de 3 millions d’électeurs supplémentaires se sont déplacés. Le recul est net dans la Bahia (de 19,97 % à 16,71 %) et dans le Pernambuco. Il est aussi réel à São Paulo, où près d’un million de votes de plus ont été exprimés, sans suffire au candidat du PL. Le Nord fait exception : l’abstention y progresse, notamment dans l’Amapá et le Roraima.

Le politologue Rodrigo Pando, de l’université Mackenzie, cité par O Povo, relativise ce facteur. Les 3 millions de votants en plus restent inférieurs aux 4 millions de voix d’écart final. La victoire tient aussi au report des voix des candidats éliminés, dont Ronaldo Caiado et Romeu Zema, et au recul des votes blancs et nuls. Une étude du cabinet Opinião Inteligência Política, relayée par Brasil 61, chiffre la progression de Lula entre les deux tours à 10,4 millions de voix, contre 3,7 millions pour Flávio Bolsonaro. Le sortant a capté 74 % des voix nouvelles.

Alckmin, l’homme des 33 millions

Le vice-président Geraldo Alckmin a tenu un rôle précis dans l’entre-deux-tours. L’ancien gouverneur de São Paulo, venu du centre droit, a fait de l’abstention la cible de la campagne. Il a chiffré à 33 millions le nombre d’électeurs restés chez eux au premier tour et a multiplié les rendez-vous à São Paulo auprès des évangéliques, de la communauté juive et des catholiques, avec une messe au sanctuaire d’Aparecida le 12 octobre. Son message, rapporté par A Crítica : parler aux électeurs et motiver ceux qui n’avaient pas voté à se rendre aux urnes.

Le résultat laisse un pays coupé en deux, selon une ligne qui n’a pas bougé depuis 2006. Lula gouvernera face à un Congrès où le PL de Flávio Bolsonaro détient les premiers groupes des deux chambres. Les marchés ont réagi dès le lundi 26 octobre par une chute de l’Ibovespa et une envolée du dollar. Le mandat 2027-2031 commence par un rappel : une victoire à 51,74 % oblige à négocier.