Face aux arènes de Nîmes, un bâtiment « se drape dans une toge de verre plissée qui évoque une mosaïque ondulante ». La description vient du Musée de la Romanité lui-même, qui abrite quelque 5 000 pièces et se présente comme l’un des musées les plus visités d’Occitanie. Son architecte est née à Rio de Janeiro. Elizabeth de Portzamparc, née Elizabeth Jardim Neves, a remporté le concours en 2012 ; le musée a été inauguré en 2018 et avait reçu dès 2016 le Future Heritage Award à Dubrovnik. Le magazine AD l’a classé parmi les musées les plus importants construits dans le monde depuis 1950.
De la PUC de Rio à l’EHESS
Formée à l’atelier d’art Franck Schaeffer à Rio, admise à la faculté d’économie et de sociologie de la PUC, elle quitte vite l’université et le pays. À Paris, elle obtient une maîtrise de sociologie et d’anthropologie à Paris V, suit un cursus de planification urbaine à l’IEDES (Paris I) et un DEA à l’EHESS sous la direction de Paul-Henry Chombart de Lauwe. Elle se définit encore aujourd’hui comme « architecte et sociologue ». En 1980, elle est admise sur la liste d’aptitude à l’enseignement en écoles d’architecture et enseigne de 1984 à 1988 à Paris-Val de Seine. En 1986, elle ouvre la galerie Mostra à Paris. En 1987, elle crée sa propre agence d’architecture. Son bureau-coiffeuse « 24 heures », dessiné en 1985, est exposé à la Fondation Cartier en 1988 et acquis par le Fonds national d’art contemporain.
Bordeaux, Massy, Le Bourget
Les projets lauréats s’enchaînent : le mobilier urbain des 145 stations du tramway de Bordeaux (1997-2013), le siège du journal Le Monde à Paris (2003, Mipim Design Award en 2005), le nouveau centre-ville de Massy (2011-2017), des logements aux Bassins à Flot de Bordeaux (2009-2016), le centre culturel français de Florianópolis au Brésil (2009). Puis deux pièces du Grand Paris : la gare du Bourget sur la ligne 16 du Grand Paris Express (concours 2014-2022), présentée comme l’une des cinq gares emblématiques du réseau, et le Grand équipement documentaire du Campus Condorcet à Aubervilliers (2014-2019). À l’étranger, la tour TIOC de Taichung, à Taïwan, décrite par l’agence comme « la première tour de 4e génération pensée comme un village », et le Palais des sciences de Pudong à Shanghai. En 2014, le Sénat lui remet sa médaille.
Une agence à deux noms
Elizabeth de Portzamparc est l’épouse de Christian de Portzamparc, lauréat du prix Pritzker. Leur agence commune, 2Portzamparc, revendique plus de quarante ans d’expérience et a intégré en 2024 trois associés, Thierry Damez-Fontaine, Alexandre Belle et Rex Bombardelli, présents depuis plus de vingt ans. Sa marque propre tient dans deux idées qu’elle a formulées : la « hiérarchie de l’intimité », qui organise l’espace de la rue à la métropole, et l’« architecture de liens », attentive au contexte physique et culturel de chaque projet. Très jeune, elle a fondé et dirigé l’Atelier d’urbanisme participatif d’Antony ; en 2008, elle a créé un Atelier d’urbanisme durable avec des sociologues et des anthropologues. Pour la diaspora brésilienne de France, son nom reste moins connu que celui de son mari. Ses bâtiments, eux, se visitent : à Nîmes, à Bordeaux, à Massy, à Aubervilliers et au Bourget.