4 novembre 2026

Culture Enquête

Manger brésilien en France : deux tables du Michelin, une feijoada et un bœuf sous embargo

À Paris, Alessandra Montagne tient Nosso et Tempero sur la même promenade du 13e. À Marseille, Danielle Barbosa, gagnante de MasterChef Brésil, a sa table. Et depuis le 3 septembre, la picanha ne vient plus du Brésil.

Photo : Pixabay / geraldoobici

Tous les vendredis, c’est feijoada. La promesse est affichée sur le site de Tempero, 24 promenade Claude-Lévi-Strauss, au bord de la Seine dans le 13e arrondissement de Paris. Deux numéros plus loin, au 22, Nosso sert la cuisine que sa cheffe, Alessandra Montagne, décrit comme « gastronomique décomplexée, inspirée par ses racines brésiliennes et son amour du terroir français ». Le soir, trois menus : Voyage en quatre séquences à 72 euros, Solaire en cinq séquences à 82 euros, et Paris-Rio en sept séquences à 98 euros. À la carte, entrées à 18 euros, plats à 36, desserts à 16. Au déjeuner, la formule entrée-plat ou plat-dessert coûte 40 euros, le menu complet 48. Le Guide Michelin France 2026 a retenu l’adresse : un lieu « contemporain » de béton et de bois, ouvert sur l’extérieur, une cuisine de saison aux influences brésiliennes et des produits franciliens. Au menu ces semaines-ci : joue de bœuf confite avec polenta au comté, aubergine rôtie au miso, poisson du jour au four. Nosso ouvre du lundi au vendredi au déjeuner, du mercredi au vendredi le soir.

Marseille a sa table brésilienne

Le Guide Michelin recense 31 restaurants classés « cuisine brésilienne » dans le monde. Parmi les résultats français de cette catégorie, une seule adresse apparaît, et elle n’est pas à Paris. Bucado, 34 rue du Docteur-Jean-Fiolle, dans le 6e arrondissement de Marseille, est tenu par Danielle Barbosa, vainqueur de MasterChef Brésil 2020. Les inspecteurs décrivent une salle « habillée d’une fresque colorée inspirée de la flore sud-américaine » et un « tempérament affirmé » qui allie lacto-fermentation et maturation des poissons aux références brésiliennes. Menu végétarien, cocktails typiques, accueil « souriant et attentif ». Fourchette de prix : deux euros sur l’échelle du guide. Ouvert du mardi au samedi le soir, du mercredi au samedi le midi.

La picanha sans bœuf brésilien

Les churrascarias françaises vivent une situation inédite. Depuis le 3 septembre 2026, la Commission européenne a suspendu les importations de bœuf, de volaille, d’œufs et de miel brésiliens, faute de garanties sur l’usage des antibiotiques. Le Brésil était en 2025 le deuxième fournisseur de viande bovine de l’Union européenne, avec plus de 92 000 tonnes. Un audit est en cours, sans calendrier de reprise. La picanha servie en France vient donc d’ailleurs. Pour le consommateur, rien ne change dans l’assiette. Pour JBS, qui abat environ 75 000 bovins par jour et dont l’Europe représentait environ 7 % des exportations en 2024, c’est un marché de plus qui se ferme, dix mois après le retrait de lots de bœuf du groupe ordonné par Bruxelles en novembre 2025 pour présence de progestérone.

Açaí, pão de queijo, cachaça

Le reste de la carte brésilienne de Paris se lit dans les tendances. Les bols d’açaí, servis avec granola et banane, ont quitté les plages de Rio pour les comptoirs des quartiers étudiants. Le pão de queijo, petit pain au fromage du Minas Gerais, se vend congelé dans les épiceries latino-américaines et s’invite aux brunchs. La cachaça sort de la seule caipirinha pour rejoindre les cartes de cocktails. Les adresses de ce circuit changent vite, ouvrent et ferment au rythme des baux parisiens. Les deux tables citées ici ont un avantage : elles figurent dans le guide rouge, avec adresse, horaires et prix vérifiables. Pour le reste, un conseil valable des deux côtés de l’Atlantique : réserver, parce que les salles sont petites et que la diaspora est nombreuse.